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ECOLOGIES: textes (2)

Textes sur cette page, dans l'ordre:

Les « gilets jaunes », le diesel, Macron et la transition énergétique
Bernard Antoine Rouffaer

Impasse pour l'Humanité
Eric de Haynin

Une initiative verte, une fois n’est pas coutume, qu’il s’agira de    soutenir !
François Meylan

TAFTA, l'Europe, les politiques...
Eric de Haynin





Les « gilets jaunes », le diesel, Macron et la transition énergétique

La crise des « gilets jaunes », en France, consécutive à l'augmentation des taxes sur les carburants fossiles, remet en avant la problématique des véhicules électriques. Et une question avant tout : la France a t'elle, depuis 20 ans, réussie son début de transition énergétique ? La réponse est non. Et cette réponse explique pour une large part la crise actuelle.

Le GIEC l'annonce, et avec le GIEC une majorité de scientifiques :  il ne nous reste que peu de temps pour limiter les effets des changements climatiques. Et ce qui est navrant, c'est bien l'échec, en France, de la transition énergétique. En matière de climat, les émissions de gaz à effet de serre, aujourd'hui, sont essentielles. Or, ces émissions de gaz sont étroitement liées aux activités humaines – industrie, transport, construction, agriculture - ; la lutte contre le bouleversement climatique passe donc par un contrôle de ces émissions, de cette consommation d'énergie, en particulier dans les transports. Cette transition énergétique, les prévisions du GIEC nous l'annoncent, et les catastrophes météorologiques à répétition que nous vivons le soulignent, est rendue désormais incontournable, et à brève échéance.

A brève échéance ? On sait pourtant que le pétrole peut voir son prix augmenter brutalement depuis un demi-siècle, depuis1973. On sait faire des véhicules électriques (voitures, scooters) depuis, au moins, les années 90; en particulier en France. Ce pays est un grand producteur d'énergie électrique nucléaire. Son territoire est très bien pourvu en ressources naturelles renouvelables: en montagnes, pour la houille blanche ; en rivages, pour exploiter la force des marées ; en rayonnement solaire, pour les panneaux photovoltaïques et thermiques ; en vent, pour l'éolien, sur ses côtes atlantiques ; en énergies forestières et agricoles ; en vastes étendues peu habitées...  Et quels sont les pays, en Europe, qui réussissent leur transition vers les énergies renouvelables? Tous ceux qui ne possèdent que peu ou pas ces ressources: Allemagne, Danemark, Autriche, Espagne...

Les grands constructeurs automobiles, dont Renault et Peugeot, ont mis au point des véhicules électriques efficaces depuis plus d'une décennie. Ils sont chers, mais ils coûtent peu à l'usage - j'en ai un, je le sais... - et il serait de l'intérêt de l’État de soutenir leur acquisition. De même, le réseau de points de recharge électrique public aurait du être installé au moins depuis le quinquennat de François Hollande.
Presque rien n'a été fait. Et les chauffages électriques domestiques, chers à EDF (mais désormais interdits en Suisse), continent de griller bêtement cette énergie électrique si précieuse au lieu de faire tourner des moteurs de voiture, des ordinateurs et des machine-outils...  
Je ne dis rien du manque d'isolation thermique des bâtiments, 46 ans après le premier choc pétrolier.

En France, les industries tournées vers les énergies vertes, depuis des années, ont été massacrées par des politiques d’État intermittentes. Et pourtant, les ingénieurs et les écologistes français étaient, en comparaison mondiale, très en avance.

Bref, M. Macron doit lancer la transition énergétique avec, aux pieds, tous les boulets laissés par ses prédécesseurs: plus de Banque Nationale, qui aurait été bien utile pour financer les achats de véhicules propres par les citoyens ; aucun réseau de recharge électrique pour voiture; énormément d'électricité gaspillée en chauffage ; des habitations encore mal isolées thermiquement ; un parc nucléaire vieillissant et désormais coûteux ; des industries "vertes" éternellement naissantes, à comparer aux géants matures danois, chinois ou américains ; peu d'éoliennes et de centrales photovoltaïques ; énormément d'arnaques, étrangement tolérées, dans le domaine du photovoltaïque privé ; une énorme dette d’État ; pas d'argent dans les caisses ...et une classe moyenne qui lève l'étendard de la révolte face aux taxes.  Pratiquement un cas d'école.

Tout était possible, mais il fallait gérer les choses sur la longueur. Et apprendre aux énarques à comprendre les enjeux écologiques.
Bref, la France y arrivera – a-t-elle- le choix ? - mais ce sera, parce que l'effort aura été tardif, plus dur.

Bernard Antoine Rouffaer
20.11.2018

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Impasse pour l'Humanité

En se télescopant à quelques jours près, deux polémiques nous rappellent l'impasse dans laquelle l'humanité s'est engouffrée. Nous assistons, nous dit-on, à un "anéantissement biologique", une extermination de masse des animaux vertébrés comme on n'en a plus vu depuis la météorite qui pulvérisa le tyrannosaure, il y a 66 millions  d'années.
Entre nous, ce n'est pas une grande surprise. Ce qui l'est davantage, c'est la volonté commune des Humains de ne rien faire, sous prétexte que la protection sérieuse des animaux poserait trop d'inconvénients à notre confort ou même à notre survie à court terme dans les moindres recoins de la planète.
La sanctuarisation de zones est un échec, les riches estimant qu'il y a des matières premières formidables à exploiter aux tréfonds des jungles tandis que les pauvres défrichent à la va-vite et colonisent les ultimes recoins sans répit. Les Européens, qui ont depuis longtemps éliminé de leur continent ours, lions, bisons ou aurochs, rêvent de ces sanctuaires si loin de chez eux, à visiter en safari. Mais que vaut chez un chef de famille du bush la conscience sacrée de la préservation des derniers rhinocéros? Une récompense d'un mois de nourriture vaut bien la balle braconnière qui va abattre un de ces derniers paisibles colosses. Idem pour un fils Trump avide d'un joli trophée de lion pour l'entrée de son ranch.
Et lorsqu'on parle de la démographie exagérée d'Afrique, même dans des termes maladroits comme il y a peu Jupiter l'a fait, que de réactions outrées!!! Ne jamais culpabiliser ces braves gens! Soit pour des motifs religieux archi-connus (croissez et multipliez), soit pour des raisons inverses, anti-colonialistes hystériques, qui considèrent qu'aborder le sujet de la fertilité d'une femme africaine est "ignoble" par définition. Et tant pis pour le décalage catastrophique entre les coutumes de procréer à la chaîne et la forte baisse de la mortalité infantile: les enfants survivent dans des environnements dévastés de leur flore et forcément de leur faune. L'Humain est forcément prioritaire sur toute autre considération, tant pis pour le reste. En sinistre reflet de notre économie financiarisée, tout est bon pour le court terme: abattage interdit des derniers arbres, des derniers rhino, arrachage des derniers coraux et élimination de la poiscaille pour faire vivre le village.
Reste que cette priorité absolue et inconditionnelle de l'Humain sur tout le reste pose le germe de notre disparition. À  vouloir continuer de grouiller sans entrave, l'Humain va se retrouver seul avec les rats et les cafards, qui eux vont très bien merci: ils adorent nos détritus. Cette priorité n'est plus, comme naguère, un beau geste humaniste et tiers-mondiste, mais un suicide collectif par orgueil fou de ne plus vouloir se contrôler nulle part. Est-ce vraiment "infamant" que de suggérer aux indonésiens déjà pullulant ou aux femmes africaines de modérer leurs naissances, de leur expliquer que désormais tous leurs enfants ou presque survivront? Les Chinois l'ont fait et ils méritent pour cela la reconnaissance de tout le reste du globe. Est-ce si difficile à comprendre qu'en rognant si rapidement les dernières forêts tropicales on étouffera encore plus vite? Certes, la France a reboisé le double de ce qui lui restait en 1850, mais notre superficie est bien maigre pour compenser Bornéo, Colombie ou Brésil.
Voilà donc où nous en sommes; Tant qu'on mettra systématiquement l'Humain et ses habitudes court-termistes par-devant tout, aucun espoir d'arrêter la bombe à retardement. Sans parler du débat éthique sur les animaux, ici systématiquement présentés comme entité négligeable dont la sauvegarde ne passionne sincèrement que quelques enfants et vieilles dames déjà amies des chats.

Eric de Haynin        13.7.2017



Une initiative verte, une fois n’est pas coutume, qu’il s’agira de soutenir !

Le 25 septembre prochain, nous voterons sur l initiative populaire « Pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources », dite Économie verte. Le texte de l'initiative, qui tient sur moins d une page, a le mérite d énoncer des principes fondamentaux et d offrir ainsi toutes latitudes pour sa mise en oeuvre. Cette initiative, déposée déjà à l automne 2012, s inscrit non seulement dans la dynamique de l agenda international pour une économie verte voulu par le sommet onusien Rio+20, consacré au  développement durable, mais aussi dans une tendance lourde. On se rappelle encore des deux événements majeurs de l an dernier, soit avec le sommet de la COP21, à Paris, et la sortie en salle du film Demain de Mélanie Laurent et de Cyril Dion. Aujourd hui, tout le monde parle de durabilité et d efficience énergétique. Il serait totalement absurde confondre cette thématique avec un phénomène de mode. Le train est bien là et il s agit de le prendre.
Le Conseil fédéral l’a lui-même reconnu. Il a proposé, comme contre-projet, une révision de la loi sur la protection de l'environnement qui aurait probablement pu éviter l’appel aux urnes de septembre prochain. Malgré l'engagement sans faille de notre conseillère fédérale Doris Leuthard et un large soutien d’organisations économiques présentes dans vingt-cinq cantons, le contre-projet n’a pas passé la rampe du Parlement. Il faut le rappeler, car celui-ci sent le poids grandissant du lobby Economiesuisse, lequel, sur la question de l'économie durable,  semble avoir, récemment, tourné sa veste. La faîtière qui, il y a peu, regardait l'initiative avec sympathie et appelait à la considérer comme nécessaire semble avoir changé de point de vue.
Mais de quoi s’agit-il exactement ? On le sait, nous consommons plus que ce que la planète Terre peut, à la fois, produire et supporter. Par exemple, à partir de ce mois d’août, l'Humanité vit déjà, pour ce qui est des ressources naturelles, « à crédit ». Aussi, l’objectif, d’ici 2050, est d’encourager une économie durable, laquelle ne laisserait comme empreinte carbone « que » l’équivalent d’une terre. Bien entendu pour nous, Suisses, cet effort serait ramené à la taille de notre pays. Notons que d’autres nations sont encore bien plus ambitieuses, telle la Finlande. Pour y arriver, nous devons remplacer l’économie du « tout-jetable » pour nous orienter vers une économie dite « circulaire ». C’est-à-dire qui mise sur des produits durables et écologiques et qui revalorise les déchets.
Rappelons les propos de Nelson Mandela, lors de son discours de réception du prix Nobel de la paix, en 1993 :
« Ce monde se doit d être un monde de démocratie et de respect des droits humains, un monde libéré des horreurs de la pauvreté, de la faim, des privatisations et de l ignorance, délivré de la menace et du fléau des guerres civiles et des agressions extérieures et soulagé du poids de la grande tragédie que vivent les millions de personnes obligées de devenir des réfugiés. »
Ce qui fait pleinement sens avec l initiative « Pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources (économie verte) ». Tout étant lié. C est bien l absence de vision et de moralité qui encouragent, à la fois,  l exploitation sans frein des ressources naturelles comme de ses semblables.
Pour l Office fédéral de l environnement (OFEV), il s agit d une part de prendre des mesures pour permettre à nos entreprises de continuer à jouer la carte de l innovation et proposer sur les marchés mondiaux des technologies d avenir peu gourmandes en ressources, et, d autre part, de rendre la consommation intérieure plus écologique.
Acte de foi, initiative de bon sens, qui, pourtant, va être attaqué par certains milieux privilégiés du monde des affaires et par les tenants du dogme néolibéral, adeptes du minimum d État et de réglementation. Seulement voilà, appliqué aux grands équilibres naturels, la doctrine en question se résume à : « Après moi, le déluge. »
Du déluge, nous nous n en voulons pas. Alors soutenons fermement cette initiative porteuse d espérance.
François Meylan      16.8.2016



TAFTA, l'Europe, les politiques...

En attendant les "révélations" de Greenpeace sur l'état des négociations il y a un mois entre la Commission Européenne et les US sur le TAFTA, promise ce jour à 11h, on peut d'ores et déjà souhaiter que les institutions Bruxelloises fassent montre d'un peu plus de décence vis à vis des citoyens Européens et cessent de prendre des décisions juridiquement extrêmement contraignantes pour notre Continent sans nous consulter et en ignorant avec la pire des désinvoltures nos légitimes appréhensions.
Sous le prétexte fallacieux qu'il importe de "faciliter les investissements des grands groupes américains en Europe" et vis versa, il faudrait, nous dit-on, céder le pas aux procédures d'arbitrages entre ces grands groupes et les États, renverser la charge de la preuve pour les licitations de produit, ériger le brevet au rang de divinité absolue devant laquelle tous devront plier. Lorsqu'on voit dans le système actuel la facilité déconcertante avec laquelle le Round Up et les produits de Monsanto résistent à tous les interdits, on est en droit de se demander pourquoi ces groupes exigent encore plus de soumission de notre part. Je ne parle même pas de nos appellations contrôlées, qui sont autant de chiffons rouges pour le libre échange américain.
Revenons à cette thématique du "faciliter l'investissement des groupes américains en Europe". Voudrait-on nous dire que jusqu'ici nous sommes une terre gelée, infréquentable, crypto-bolchévique? A voir l'absence d'impôt que ces sociétés multimilliardaires sont parvenues à organiser sur leurs immenses bénéfices ici, je reste coi. Pas d'impôt, paradis fiscaux, salaires gigantesques pour leurs boards, actionnariat ayant siphonné tous les gains de productivité depuis des décennies: la liste des interrogations s'allonge. Et nonobstant, on nous explique que ces groupes sont tristes, déçus par notre attitude recroquevillée, qui se refuserait à envisager sereinement un avenir radieux, que seul TAFTA nous autoriserait.
Si j'ai un sérieux conseil à donner à nos politiques, c'est bien d'arrêter leurs conneries antidémocratiques et de s'aviser avant de nous mettre une fois de plus devant le fait accompli. Car l'Europe de Bruxelles, mon idéal pendant des décennies, désormais en charpie, ne se relèverait pas de cette ultime estocade contre les fondements les plus basiques de la démocratie et de notre humanisme européen.

Eric de Haynin                 3 mai 2016