ORBIS TERRAE    |     home
                                                  
STRATEGIE: livres

« Dans la tête de Vladimir Poutine »
Michel Eltchaninoff
Solin/Actes Sud
2015

Chaque nation développe une pensée politique et stratégique propre, une pensée qui correspond à ses besoins, aux particularités géographiques de son territoire, à celles de ses voisins, à ses ambitions, à ses habitudes. La Russie a donc ses penseurs propres, ses philosophes, ses stratèges. Étendue des frontières de la Pologne jusqu'aux rives de l'océan Pacifique, par-delà les immensités de la Sibérie, la Russie s'est créé une sphère de réflexion spécifique. Si la Grande-Bretagne fut  longtemps obsédée par le canal de Suez, par les vastes territoires de l'Amérique du Nord, la Russie réfléchit à sa place dans une Europe et une Asie entre lesquelles se partage son territoire.
A quoi pense Vladimir Poutine. Quels sont les présupposés idéologiques qui guident ses décisions ? Qui sont les penseurs qui influent sur les décisions de Moscou ? Y en t-il ? Qui, en Occident, peut se targuer de connaître les piliers philosophiques de l'intelligentsia russe ?  A l'heure où la Russie retrouve une certaine énergie, où son armée, remise sur pied, rivalise en Ukraine, dans la Mer Noire, dans la Baltique et en Scandinavie, avec celles d’États européens affaiblies par 20 ans de réductions budgétaires et d'amollissement moral, alors que Moscou – la troisième Rome – s'engage en Syrie sur les traces de Jean Tzimiskès, réclamant son ancien statut de défenseur des chrétientés orientales, il est bon de mieux connaître Vladimir Poutine. Et, spécialement, ce qu'il a dans la tête...
Bernard Antoine Rouffaer              12.2015

Quelques éléments intéressants :

Page 43 : Poutine, pas un libéral.
Pages 46 : Les ré-enterrements de Dénikine, de Ilyine, et d'autres Russes fameux dans la terre de la patrie.
Pages 52-53 : Les textes de Ilyine.
Pages 58-9 : La Grande Russie et les « tribus », populations incapables de constituer la base d'un État.
Pages 63-4 : Beslan. D'où l'idée de s'allier avec l’Église pour désensauvager le peuple.
Page 76 : Les trois âges de la civilisation selon Leontiev : simplicité originelle, puis complexité florissante, puis simplification et confusion.
Page 82 : Poutine contre un Occident qui cherche à nuire à la Russie.
Page 84 : Poutine peu tenté par la mondialisation culturelle.
Page 88 : Soljenitsyne ne parvient pas à être le conseiller de Poutine (2002).
Page 97 : Poutine proche de Nicolas Danilevsky, slavophile, prônant l'union de tous les slaves sous la direction de la Russie.
Page 110 : Dougine : Poutine est un « homo sovieticus ».
Page 111 : « ...l'eurasisme touche le nerf le plus profond de l'histoire russe... »
Page 102 : Poutine glisse vers l'Asie.
Page 104 : L' « Eurasie », dont le centre est la Russie. Courant de pensée né de la désillusion liée à la Guerre de Crimée en 1856.
Page 105 : Le courant eurasiatique opposé à l'européocentrisme.
Pages 118 à 126 : Du bon usage de Dostoïevsky en politique...
Page 123 : Dostoïevsky nationaliste, panslave, intolérant... et universaliste et européen.
Page 128 : Berdiaev anti-bolchevik : « .. toute lutte humaine est une lutte spirituelle... »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Ier_Tzimisk%C3%A8s



« L'HONNEUR PERDU DE FRANCOIS 1e »
Jean-Marie Le Gall
Bibliothèque historique Payot
2015               Paris
l
Cet honneur, le roi de France le mit en danger une première fois durant le siège, puis la bataille de Pavie, en Italie, en 1525 ; puis, une seconde fois, durant sa captivité, entre les mains de son principale adversaire, l'empereur Charles Quint. Il le perdit, finalement, en n'appliquant pas les conditions du traité avec l'empereur qui avait permis sa libération.
Le livre de Jean-Marie Le Gall parle peu de la bataille elle-même, événement décisif qui scella le destin du roi. Mais beaucoup de tout ce qui l'entoure.
Le Gall brosse une fresque impressionnante de la vie politique, militaire, diplomatique, en ce début du 16e siècle, durant ces guerres d'Italie, si dures, si prolongées, si extraordinaires. Il nous conte les tractations des diplomates, les intrigues et querelles de cour, les retournements d'alliance, les jalousies, les actes chevaleresque, les états d'âme des soldats, grands seigneurs et mercenaires, les constants besoins d'argent, les ventres qui crient famine, la fureur des lansquenets frustrés de leur solde, le grondement de l'artillerie, les arrangements des hautes Dames, l'humilité d'un roi fait prisonnier...
Le combat de l'Aigle germanique et de la Salamandre française. Tout un monde.
Bernard Antoine Rouffaer              27.9.2015

Quelques éléments intéressants:

Page 36 :  Idée politique : la « monarchie universelle », forcément composite.

Page 37 :  Guerre en 1521 pour empêcher Charles Quint de prendre ses couronnes.

Page 38-39 :  François 1e cherche des excuses pour expliquer, à ses sujets, ses aventures militaires en Italie.

Page 43 :  Durée d'acheminement d'une lettre d'Autriche à Venise : 10 jours ; d'Espagne à Venise : 32 jours.

Pages 47-50 :  Automne 1524 : l'armée française réussit sa descente surprise en Lombardie. L'armée impériale se replie. Milan tombe aux mains des Français de La Trémoille et des exilés milanais (les fuorusciti).

Page 55 : L'armée royale s'installe devant Pavie et sa garnison de lansquenets et lance sept assauts contre la ville.

Pages 82-83 :  La ville résiste. Le roi de France met le siège devant Pavie. Il se prépare au choc décisif avec l'armée impériale.

Pages 92-97 :  23-24 février 1524, l'armée impériale, menacé de dissolution par manque d'argent, provoque la bataille... et remporte la victoire. Le roi de France est fait prisonnier.

Pages 182-185 :  La France avertie de la défaite de l'armée royale en Italie, répare ses murailles et surveille ses rivières, craignant l'invasion.

Pages 203-210 :  Après sa victoire à Pavie, l'armée impériale est affamée, désargentée, au bord de la mutinerie...

Page 218-224 :  La « Guerre des paysans » dans l'Empire : révoltes, négociations, revendications, parfois répression.

Page 237 : ÊEtre prisonnier, pour un prince, une expérience chevaleresque.

Page 239 :  François 1e curieux vis à vis de Luther mais attaché, dans l'épreuve, aux reliques.

Page 245 : Charles : « ... une juste paix ne peut être fondée qu'en droit... »

Page 248 :  François ne veut pas être détenu à Naples, de triste mémoire pour la noblesse française, mais accepte de l'être en Italie.

Pages 250-251 :  Projets navals français (Dora, Lautrec) pour libérer le roi prisonnier pendant son transfert vers Naples ou l'Espagne.

Pages 253 :  François 1e, fêté à Guadalajara, s'estime trop bien traité pour un prisonnier de guerre.

Page 256 :  Pas d'ambassades permanentes entre puissances européennes.

Page 263 :  Diplomatie féminine entre princesses : les « ... vertus pacifiantes du genre féminin... »

Page 268 :  L'art bourguignon de la négociation : la rédaction et l'échange de mémoires.

Page 271 :  Louise de Savoie énonce tous les droits de la France : prélude aux négociations.

Page 273 :  Charles Quint, de la maison de Bourgogne, État perdu en 1478.

Page 274 :  A qui appartient la Bourgogne ? A l'Empire ou au roi de France ?

Page 286 :  Henri VIII, roi d'Angleterre, se réconcilie avec la France et évalue la dette française à son égard à 3 500 000 livres tournois.

Page 327 :  Augmentation d'impôt en France pour payer les Suisses, la flotte, les alliés italiens, la libération du roi...

Page 348 :  Montée de l’anti-hispanisme en Italie.


« STALINE ET LES JUIFS
L'ANTISEMITISME RUSSE: UNE CONTINUITE DU TSARISME AU COMMUNISME »
Arkadi Vaksberg
Editions Robert Laffont
Paris     2003

L'ouvrage de Arkady Vaksberg est spécialement intéressant. Il recouvre toute la période s'étendant de la fin du tsarisme aux derniers temps du régime communiste en URSS.
L'auteur décrit le climat de frémissement révolutionnaire et la répression policière dans lequel les communautés juives de l'empire des Tsars vécurent à la veille de la Première Guerre mondial. Puis la forte participation juive dans l'établissement de la dictature bolchevik et la guerre civile! A.Vaksberg ne dissimule rien de ce fait historique qui, d'une part explique l'affermissement du nouvel État - quand bien même la majorité de l'élite politique et culturelle du pays avait fuit ou péri du fait de la Révolution et de la guerre civile - , d'autre part permet de comprendre la fixation morbide des propagandistes d'extrême-droite européens sur la connexion entre judaïsme et révolution d'extrême-gauche. Ce qui est pertinent et courageux : la majorité des historiens ouest-européens glissent sur le sujet comme chat sur braise…
L'auteur nous décrit ensuite l'usage que fit Staline de ces nombreuses et cultivées recrues « juives » - est-on juif quand on est communiste ? - dans sa Police, sa Science, ses Arts, ses Industries, son Administration … etc Puis son lent retournement : après avoir fait assassiner les cadres de l'Ancien régime pour assurer le nouveau pouvoir révolutionnaire, fait déporter et mourir les cadres de l'économie traditionnelle pour réaliser le volet économique de la révolution, puis avoir fait la même chose aux prêtres orthodoxes, aux imams musulmans et aux nationalistes régionaux pour réaliser son volet culturel, avoir mis en fuite ou arrêté ses anciens camarade de parti pour satisfaire sa paranoïa et son goût du pouvoir absolu, fait torturer et fusiller d'innombrables membres de son Armée, de sa Police et de ses Administrations pour faire de la place pour d'autres de ses partisans, après avoir déporté des peuplades caucasiennes et criméennes entières et tant de prisonniers de guerre fait par les Nazis pour cause d'infidélité militaire, …voilà que notre Grand Exterminateur en était venu à envisager la liquidation des Juifs. Rien d'illogique là-dedans.

Pour en revenir au Proche-Orient, A. Vaksberg signale le soutient de Staline à la création de l'Etat d'Israël, dans l'espoir de disposer d'un avant-poste de la révolution mondiale au milieu des possessions coloniales britanniques, et le nombre important d'ex-militaires de l'Armée rouge, dont nombre d'officiers, qui participèrent à la guerre de 1948 contre les armées arabes et les milices palestiniennes. Ces dernières, pratiquement dépourvues d'expérience de la guerre moderne, durent donc affronter des hommes qui s'étaient longuement et douloureusement forgés une compétence militaire en affrontant les divisions de la Wermacht, de la Waffen SS, de l'armée finlandaise…

Bernard Antoine Rouffaer            19.5.2015

Eléments intéressants :

Page 37 : Lénine partisan de l'assimilation des Juifs dans la masse du peuple soviétique : « Seuls des petits-bourgeois juifs réactionnaires peuvent vociférer contre l'assimilation, dans la mesure où ils prétendent faire tourner à rebours la roue de l'Histoire. »

Page 38 : Opinion de Staline sur les Juifs de l'empire russe, émise juste avant le déclenchement de la première guerre mondiale : « Une entité mystique, insaisissable et fantomatique ».

Page 40-42 : Les « exploits » du commissaire bolchévik (juif) Zinoviev à Petrograd en 1917-1918. Que les populations de l'ex-empire russe aient assimilé les juifs aux bolcheviks, les bolcheviks eux-même n'y ont pas peu contribué.

Page 43 : Pogroms commit par des soldats bolcheviks pendant la guerre civile.

Page 44 : Grand nombre de juifs et de juives dans les rangs de la jeune Tchéka (ancêtre du  KGB, la police politique communiste).

Pages 72-73 : Lénine « quarteron juif ».

Page 74 : « Que les principaux rivaux et adversaires de Staline, à la mort de Lénine, aient été des Juifs a constitué pour l'ensemble de leurs coreligionnaires une terrible malchance. »

Page 83 : Exemple de la progression de l'antisémitisme officiel, ou le comportement des officiers de la police politique envers le même suspect juif de 1934 à 1951.

Pages 84-87 : Le Birobidjan, où la volonté de Staline de voir les juifs soviétiques coloniser la frontière… chinoise.

Page 88-89 : Staline honore les musiciens et chanteurs soviétiques, majoritairement juifs, pendant la Grande Terreur.

Page 90 : Les ministres juifs du gouvernement soviétique vers le milieu des années trente.

Pages 91 à 96 : Grand nombre de procès contre des antisémites…juste avant l'ouverture de celui intenté aux vieux bolchevik (juifs) « Kamenev » et « Zinoviev ». Achèvement des travaux du canal Baltique-Mer Blanche (sur un lit de cadavres…) : distributions de récompenses aux chefs (juifs) du NKVD (ex-Tchéka), L. Kogan, M. Berman, S. Firine, Y. Rappoport, …

Page 104 : Été 1934, « les Juifs constituent 31% des cadres dirigeants du NKVD », 39% en automne 1936, plus que 4% en été 1939.

Page 120 : Propagande nazie après l'entrée en guerre contre l'URSS : « La population de l'URSS est ravalée à la condition d'esclaves, de serfs des commissaires juifs… »

Pages 120-123 : La propagande antisémite nazie visant les 80 millions d'habitants des territoires occupés de l'URSS, ses quelques 200 journaux, ses succès. Son  argument essentiel : « L'Allemagne ne fait la guerre qu'aux Juifs. »

Pages 154-159 : Le projet de création d'une République soviétique juive en Crimée.

Page 160 : Retour difficile des juifs soviétiques, réfugiés ou déplacés pendant la guerre avec l'Allemagne nazie, dans les villes et villages des territoires libérés de l'occupation ennemie.

Page 172 : Pas de texte ou de discours antisémite de Staline. « Toutes ses innovations dans ce domaine, il les faisait réaliser par d'autres. »

Pages 181-184 : Staline fait exterminer sa belle-famille.

Page 197 : 1948 : Aide militaire soviétique à Israël : 8000 experts militaires juifs soviétiques venu apporter à la jeune armée israélienne leur expérience des combats de la seconde guerre mondiale.

Page 207 : Contribution personnelle de Staline à l'antisémitisme : « Il a réuni ses trois versions : raciale, rituelle et politique. »

Page 208 : Septembre 1948 ; Staline abandonne l'espoir de faire du jeune État israélien un « avant-poste soviétique au Proche-Orient ».

Page 225-229:  Vague d'antisémitisme d’état en 1949: licenciements, arrestations.

Page 227: Prose d'un auteur juif proche du pouvoir: "...l'invasion juive dans la sphère culturelle et idéologique".

Pages 233-234: "Solution finale" stalinienne de la "question juive".

Page 238: Forte composante antisémite des purges dans les "Pays Frères"
de l'Est européen en 1952.

Page 241: Plus de deux millions de Juifs en URSS. "Quand il [Staline, fin 1952] disait que tout Juif était un agent américain, il devait avoir en tête un plan d'action."

1953: Le début du complot des médecins juifs.

Page 245: A la veille de la mort de Staline: "climat d'apocalypse imminent"

Page 278 : Deux ouvrages anti juifs édités par les éditions d’État en URSS sous Brejnev.

Pages 279-280 : Blague, sur fond d'antisémitisme et de violent désir d'émigration dans de nombreux secteurs du peuple soviétique, juifs et non-juifs : « La police essaie de faire entendre raison à un candidat [juif] au départ :  Vous n'avez pas honte ? êtes-vous donc mal ici, dans votre pays ? Vous avez un bel appartement, un bon travail, une voiture… » Le bonhomme tente de se justifier : « Moi, je serais bien resté, mais c'est ma femme qui y tient, et puis mes beaux-parents… - Eh bien, fait le policier, qu'ils partent si ça leur chante, et vous, vous restez. - J'aimerais bien, soupire l'autre, mais dans la famille, le seul juif, c'est moi. »

Post-scriptum : Critique très sévère de l'ouvrage « Deux siècles ensemble » de A. Soljenitsyne.



« LES VOLONTAIRES DE LA MORT
L'ARME DU SUICIDE »
François Géré
Éditions Bayard     
Paris     2003

Le livre ne traite pas particulièrement des Palestiniens, du terrorisme en général ou des attentats du 11 septembre. L'ouvrage est une étude générale consacrée à la pulsion meurtrière autodestructrice dans un cadre militaire, para-militaire ou terroriste, qu'il s'agisse de celle du légionnaire romain, de l'hoplite spartiate, en passant par les sectes moyenâgeuses orientales ou européennes, les nihilistes russes du XIXe siècle, les kamikazes japonais, les volontaires suicides du Viet-Minh, ceux du Hamas, des Tigres noirs tamouls, des basijis iraniens ou d'Al-Qaïda. C'est une étude des moyens, des psychologies, du taux des perte infligées à l'ennemi,
Des objectifs  des méthodes de l'efficacité générale de l'arme, des conséquences variées de son utilisation. Un ouvrage très actuel : pour mieux connaître celui qui vous gâchera vos vacances en vous initiant sans vous demander votre avis aux sports extrêmes…   

Quelques éléments intéressants :

Page 44 :   « Foncièrement, le Volontaire de la Mort signale et renforce la dérégulation de la guerre dans l'inhumaine exaspération du conflit. »
Page 65:   Considération sur les sectes médiévales (Cathares, Assassins) :
« En tant que tels, les Volontaires de la Mort ne forment pas exactement une secte, mais plutôt un groupe en retrait délibérément isolé, qui tend à constituer une élite en raison de son exceptionnel rapport à la mort. »
Page 69 :   France, 1793 : « culte de la mort » … « sainte guillotine ».
Page 71 :   Tableau psychologique du nihiliste russe en lutte contre le régime tsariste au XIXe siècle : « Le nihiliste est un zombie, car déjà mort à lui-même. »
Page 99 :   Iran, après la révolution de 1979 : « On vérifie que la manipulation psychologique des adolescents constitue un instrument essentiel. Il permet de disposer des masses, au service de la révolution, quelle qu'en soit la nature. »
Khomeiny répand délibérément une culture du martyre. Le clergé iranien se sert de son influence sur les populations pour fournir des volontaires aux corps de troupe utilisés comme arme suicide, ou de choc, dans la guerre contre l'Irak baathiste, donc laïc.
Page 109 : Les points forts et les points faibles d'Israël selon un responsable du Hamas. Parmi ces derniers, sa population civile.
Page 116 : Bilan de l'actuelle guerre civile à Ceylan : 200 000 morts « pour la plupart des civils » en 20 ans de combats. L'âpreté de la lutte explique le recours à l'arme suicide.
Page 117 :  « On ne relèvera jamais assez combien l'assassinat est culturel : ici on brûle, là on égorge … »
Page 141 :   Condition préalable à l'utilisation de Volontaires de la Mort dans un conflit : « L'ennemi est une chose (ou une bête malfaisante). »
Page 143 : Conflit israélo-palestinien, conflit bosniaque : « chacun s'enfonce dans un cauchemard paranoïaque généralisé et continu… » « …la haine de l'ennemi est absolue … »
Page 212 : Mythe de la guérilla en Occident, troublant l'analyse du phénomène Al-Qaïda.
Page 213 : Sur les lignes de sécurité frontalières : exemples historiques et efficacité.
Page 214 : Le Volontaire de la Mort : arme du pauvre.
Page 215 : Plus le système militaire est démuni, plus l'arme Volontaire de la Mort y tient de place. »
Page 217 : Attente avant l'attentat suicide (islamiste): le conjoint doit rester dans l'ignorance du projet, idem pour la famille, sauf si elle est très pieuse.
Page 218 : « Le plan général du 11 septembre avait été d'ailleurs plus ambitieux… »
Page 219 : Le Volontaire de la Mort : « une arme intelligente, de haute précision… »
Page 221 : Le Volontaire de la Mort : une arme offensive.
Page 224 : Japon, 1944-45 : Moyens engagés les forces kamikaze (aériennes) et les résultats obtenus.
Page 226 :  Problème psychologique du kamikaze : « Il peut être suspect de ne pas avoir osé aller jusqu'au bout. Seule sa mort le garantit contre un soupçon de défaillance. »
Page 236 :  Ratio de pertes entre Israéliens et Palestiniens :
1987-1993 : 6-7 Palestiniens pour 1 Israélien.
     Premier mois de la seconde Intifada : 5,3 Palestiniens pour 1 Israélien.
     Dès le printemps 2001 : 1,7 Palestiniens pour 1 Israélien (du fait du recours aux attentats suicides).
Page 244:   Les hommes du 11 septembre 2001 :  « Comme les kamikazes, leur ultime discours, pour ce qu'on en connaît, reste pauvre. Étonnant de disproportion avec l'énormité de l'acte qu'ils vont accomplir. »
Page 245:    « Les Volontaires de la Mort s'en remettent aux docteurs de la foi à laquelle ils se sacrifient. »
Page  256:   « … Ariel Sharon, contre-manipule les attentats suicides pour se débarrasser de Yasser Arafat, en fait pour décapiter politiquement l'OLP ; … » Mieux vaut voir au premier plan le Hamas, dépourvu de reconnaissance internationale, que l'OLP, qui avait finit par en acquérir une…
Page 265:    Coupé du monde, la plupart des volontaires de la mort vivent en reclus dans une ambiance d'extrême tension nerveuse, faite d'angoisse et de soupçon, surtout dans des conditions d'extrême clandestinité. »
Page 266:   « Aujourd'hui, les services israélien ne cessent de jouer cette carte de la division, de l'infiltration pour intoxiquer. »  Sans beaucoup de succès pour le moment.
Page 267:    La délation est rare dans ces milieux  « …très motivés, désintéressés… ».
Page 271:   « La nature de l'entreprise Volontaire de la Mort, faite de renfermement sur l'acte, exclut toute discussion. »
Page 276:   Riposte politique : « Elle consiste à montrer que le recours à l'arme Volontaire de la Mort constitue la pire des stratégies pour atteindre à un règlement favorable de la situation conflictuelle. Par principe cette arme fait obstacle à toute négociation et exclut toute solution politique mutuellement acceptable. »  Ce qui ne gène pas certains milieux adeptes de cette arme qui ne cherchent pas un règlement négocié mais le simple anéantissement de l'ennemi.
Page 279:   Sur la façon de s'exprimer de Ben Laden dans ses cassettes vidéo, après le 11 septembre :  « …évoqué avec une calme satisfaction, avec une tranquillité de la conscience, qui en dit long sur l'indifférence à l'égard de l'ennemi. »
Page 280:    « Chaque mosquée, chaque madrasa est aujourd'hui un théâtre de combat entre une interprétation régressive et une conception moderniste de l'islam. »
Page 284:   Sur l'irresponsabilité de la population occidentale (sports extrêmes, accidents de la route) :  « une forme d'infra-nihilisme » ; « les unités spécialisées (CRS, gendarmes,  pompiers)  veillent sur une population étourdie qui fait son ordinaire d'un impensé de la différence entre la vie et le rien. »

Lecture et commentaire: Bernard Antoine Rouffaer         2.11.2014


Les groupes jihadistes sont-ils des sectes?
Commentaire de "Désamorcer l'islam radical" de Dounia Bouzar
par Marc Hecker

J’ai récemment expliqué sur ce blog pourquoi il me semble utile d’associer des autorités religieuses à la prévention de la radicalisation pour éviter que de jeunes Français ne partent combattre en Syrie. Un internaute a laissé un commentaire comparant les apprentis jihadistes aux victimes d’un endoctrinement sectaire.
La comparaison entre le fonctionnement des groupes jihadistes et celui des sectes a été développée par Dounia Bouzar dans un ouvrage paru récemment et intitulé Désamorcer l’islam radical. L’auteur considère que les mouvements prônant la séparation (port du voile intégral, interdiction de serrer la main aux femmes, etc.) devraient être considérés comme des sectes. Elle explique qu’il ne faut pas faire preuve de laxisme envers les groupes qui avancent un argument qu’elle considère fallacieux : celui du retour aux origines de l’islam. Elle affirme ainsi que les comportements d’exclusion n’ont rien à voir avec l’islam et que les problèmes de radicalisation doivent être traités en dehors de toute référence religieuse.
L’approche de Dounia Bouzar n’est pas dénuée d’intérêt. Certains groupes islamistes radicaux peuvent effectivement faire penser à des sectes : ils se considèrent comme plus purs que le reste de la société, cherchent à se séparer mentalement et physiquement des éléments impurs, usent souvent d’une rhétorique apocalyptique et ont une démarche prosélyte qui consiste à expliquer à leurs « victimes » qu’elles ont été choisies par Dieu pour entrer dans le droit chemin. En outre, Dounia Bouzar a créé le « Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam » qui a eu le mérite d’aider plusieurs parents confrontés à la radicalisation de leurs enfants, et ce avant que le gouvernement ne mette en place un dispositif spécifique qui s’est traduit par le récent lancement d’un numéro vert.
L’approche de Dounia Bouzar pose toutefois certains problèmes. Sa logique ne s’applique pas uniquement aux groupes jihadistes mais aussi à des courants non violents comme le salafisme quiétiste. Comme l’a bien montré Mohamed-Ali Adraoui dans son ouvrage Du Golfe aux Banlieues,  nombre de salafistes condamnent les violences commises par les jihadistes. Ils exècrent la société française considérée comme impie mais ne souhaitent pas l’attaquer : ils rêvent simplement de la quitter pour aller vivre dans un pays musulman (hijra). Parmi les destinations envisagées, beaucoup d’entre eux mentionnent l’Arabie saoudite qui est le cœur spirituel du salafisme. Considérer le salafisme comme une secte pose un double problème. D’une part, cela impliquerait de le rendre illégal, ce qui reviendrait à mettre hors-la-loi des milliers de personnes en France. Il n’est d’ailleurs pas certain qu’une telle mesure serait constitutionnelle (Rappelons l’article X de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public »).  D’autre part, cela conduirait à considérer l’Arabie saoudite comme un « Etat secte », un concept inédit en matière de relations internationales qui ne manquerait pas de susciter un débat sur la nécessité et l’opportunité de mettre un tel Etat au ban des nations.
Une autre difficulté liée à la notion de secte a trait au statut de victime. Les membres de sectes sont généralement vus comme des victimes sous l’emprise d’un gourou. La comparaison avec l’islam radical pose deux problèmes. Le premier a été identifié par Dounia Bouzar : la radicalisation se fait souvent par Internet, sans véritable « gourou ». Le second a trait aux limites de la « victimisation ». Tous les Français qui ont quitté leur pays pour rejoindre la Syrie ne sont pas des jeunes faibles, déstructurés qui se seraient fait manipuler. Certains sont des hommes matures et diplômés, qui ont choisi de prendre les armes en connaissance de cause et qui assument leur geste. S’ils commettent des actes répréhensibles, ils doivent être traités comme des coupables, pas comme des victimes.
Enfin, un dernier point me gêne dans l’approche de Dounia Bouzar. Je ne comprends pas pourquoi elle en arrive à la conclusion que puisque les jeunes endoctrinés sont des victimes de sectes, il faut chercher à les aider sans parler d’islam. Un des ingrédients dans la dérive de ces jeunes est tout de même une certaine vision de l’islam : les vidéos jidahistes qui circulent sur YouTube sont truffées de références au Coran et aux hadiths. Il me semble pertinent d’essayer de montrer aux individus prêts à basculer dans l’islam radical que les jihadistes promeuvent une vision erronée et extrémiste de leur religion. Des individus déjà radicalisés rejetteront de telles explications mais elles peuvent avoir du poids à un stade précoce du processus de radicalisation. C’est pourquoi je pense qu’il serait utile que les parents de jeunes en voie de radicalisation puissent être aidés non seulement par des psychologues et des travailleurs sociaux mais aussi par des imams.

Marc Hecker      6.5.2014         http://ultimaratio-blog.org  

« Chine, le nouveau capitalisme d'Etat »
Marie-Claire Bergère
Fayard      2013

Un ouvrage très documenté qui place le capitalisme chinois à sa véritable place. Difficultés ou impossibilité d'accès au crédit, tyrannie bureaucratique, obligation d'intégrer les rejetons des membres du Parti, mainmise du gouvernement sur toute stratégie d'expansion extérieure, les grands groupes contrôlés par l’État privilégiés pour l'obtention de grands contrats intérieurs et extérieurs, aucune bourgeoisie indépendante susceptible de porter un élan vers plus de démocratie, expropriations d'entreprises privées profitables par les administrations locales, pression négative poussant les entrepreneurs privés à user de méthodes illégales ou déloyales (tromperies, fraudes, corruption, non-respect des droits, quasi-esclavage, ...), le tableau de l'économie privée chinoise n'est pas rose. Bonne lecture. BAR

p.71-76 Expansion continue des entreprises d’État au détriment du secteur privé.
p.79 Les entreprises et le capitalisme chinois ? « ...enchevêtrement des statuts et le chevauchement des catégories. »
p.92 « Le monde des entreprises non-publiques est une jungle : ... »
p.100 Des entreprises privées menacées, vulnérables au moindre aléas économique, devant réduire leurs marges bénéficiaires pour éviter d'attirer les convoitises de l'administration...
p.113 Les entrepreneurs chinois ? « Leur situation dépend du bon-vouloir officiel qui n'est jamais définitivement acquis. »
p.119 Où la répression bureaucratique s'exerce « sans restriction » sur les petits entrepreneurs.
p.123 Les entrepreneurs privés obligés de courtiser et de garder table ouverte pour les fonctionnaires locaux. [Des pratiques qui rappellent, à mon avis, l'Afrique...]
p.133 Pas de bourgeoisie en Chine, et surtout pas triomphante...
p.134 Et pas démocratie par le capitalisme. Échec d'une stratégie.
p.195 Corruption : « A l'échelle locale, les cadres [du parti communiste] sont tout-puissants, et leur pouvoir discrétionnaire sert leur fortune. »
p.197 Un cadre du parti honnête ? Celui qui n'a que 5 maîtresses et pris seulement 60 000 yuans en pots de vin...
p.205 Le « Modèle Chinois » est une invention occidentale...

Bernard Antoine Rouffaer

« Questions sur la traite et l'esclavage des Noirs »
Eric Saugera
Editions Cairns     2012

Un bon résumé de la question, observé du point de vue de l'historiographie française. On ne soulignera jamais assez l'importance humaine, économique, culturelle et politique, donc stratégique, de cette migration forcée de tout un peuple vers les Amériques.

Page 23 : La traite interne à l'Afrique et aux sociétés noires, la traite en direction des pays islamiques, à travers le Sahara ou le long des côtes de l'océan Indien, la traite atlantique, dernière venue.
Page 27-29 : Les quatre pays européens les plus actifs dans la traite atlantique, par ordre décroissant d'engagement : Le Portugal (et le Brésil), l'Angleterre, l'Espagne, la France.
Page 32 : Les ports négriers français : Nantes, le Havre, Bordeaux, La Rochelle, Lorient, ... Les grands et les petits.
Page 42 : Carte des nombreux et divers fournisseurs matériels européens de la traite négrière.
Page 50-52 : Le « Noir passage » de l'Atlantique. Maladies, désespoir, violences : 12 à 13% de pertes sur la cargaisons d'esclaves, en moyenne, par traversée. D'une durée de 6 semaines à quelques mois.
Page 56 : Les esclaves « de maisons », et ceux « de la plantation ». 10 ans de durée de vie moyenne en plantation.
Page 63 : Les bénéfices financiers de la traite atlantique: un bénéfice moyen de 6 à 7% par an. Inégalité des résultats : de la perte totale au doublement de la mise.
Page 65 : « Les Noirs sont-ils venus en Métropole [France] ? » Oui, et ils étaient nombreux dans les ports, près de la côte, et à Paris. Ils occupaient divers emplois, et ce dès le 17e siècle.
Page 68 : L'édit du roi Louis X le Hutin (1315): ... « ... tout esclave touchant le sol français devenait automatiquement libre ». Abrogé en 1738.
Page 76-77 : Abolition progressive de la traite et de l'esclavage de 1794 (France) à 1980 (Mauritanie).
Page 83 : 1,3 millions d'esclaves déportés outre-Atlantique par les négriers français.

Bernard Antoine Rouffaer

"Israël, la mort en face"
Jacques Derogy
Jean-Noël Gurgand
Robert Laffont    1975

(Seconde partie) (Guerre du Kippour/Ramadan, 1973, Israël-Egypte-Syrie-Jordanie-Irak-Libye-Maroc)

Le Petit et le Grand Lac Amère sont des éléments du canal de Suez. Plus précisément, le canal les traverse. L'armée égyptienne ne s'est pas déployée sur toute la longueur du canal, sur sa rive sinaïtique. Ses effectifs, comme ses pertes croissantes, ne le lui permettent pas. Les Israéliens ont flairé la faiblesse. Comme ils savent que sa dernière offensive ratée ne lui permettra pas de revenir à la charge, ils dégarnissent leur propre front, constituent une masse de manœuvre et s'avancent lentement dans la brèche, vers le canal de Suez…
Les Égyptiens se sont finalement rendu compte, trop tard, de la tentative de franchissement israélienne. Ils réagiront avec violence: leur artillerie, puis leurs chars se lanceront dans la bataille… Elle sera féroce, mais sans résultat: les Israéliens resteront maître du terrain conquis sans effort. Ils franchissent en masse le canal et se répandent sur les arrières ennemis, détruisant les entrailles fragiles d'une armée moderne: dépôts de carburants, vivres et munitions, QG, sites antiaériens, ateliers, colonnes de ravitaillement, pipeline, …
Presque coupée de ses arrières par la percée israélienne en Afrique, la 3e Armée égyptienne déployée dans le Sinaï ne reçoit plus de vivres, eau, carburant et munition. Elle est en passe d'étouffer. L'URSS, mécontente des performances de ses clients arabes, veut imposer un cessez-le-feu général. Les Israéliens veulent gagner du temps pour achever l'encerclement de la 3e Armée et gagner le plus de terrain possible. Les diplomates s'activent, le ton monte.
Soviétiques et Américains se menacent, ils bombent le torse, se préparent à la guerre. En 1973, la guerre du Vietnam fait encore rage, les Soviétiques poussent en avant leurs guérilleros marxistes en Afrique noire et en Amérique latine. Les Américains activent les militaires d'extrême-droite en Amérique latine et en Asie pour y prévenir la contagion révolutionnaire. Les flottes de surface des deux camps se "marquent" sur toutes les mers du globe. Les sous-marins nucléaires rôdent dans les profondeurs. D'énormes forces conventionnelles se font face en Allemagne…
Une dure bataille se déroule dans les rues de Suez, sur la mer Rouge: les Israéliens voulaient l'occuper, ils y sont entrés sans grandes prudence… et s'y sont fait piéger par les troupes égyptiennes placées là en embuscade. Les Israéliens ne réussiront à se dégager du piège urbain qu'à la faveur de la nuit. Le combat de rue, au Proche et Moyen-Orient est un des rares secteurs du champs de bataille moderne (et classique) où le fantassin peut l'emporter sur les forces blindées et l'artillerie. (Ce qu'on bien compris les guérilleros irakien de nos jours.) (Bien sûr, ce principe reste valable tant que l'intention de l'assaillant blindé n'est pas de détruire simplement la ville et ses occupants… Fallouja n'est pas Carthage.)
L'un des gros problèmes de la guerre de chars moderne est le réapprovisionnement en munitions. Avec le temps, les canons de chars sont devenus de plus en plus gros, tirant des obus de plus en plus lourds… Obus qu'il faut faire passer l'un après l'autre par les étroites ouvertures des tourelles… Et qui s'en charge généralement? L'équipage déjà fatigué du blindé, épuisé par des heures de route et de combats. Et qui y repart immédiatement après.
 Les M-48 sont des chars lourds, contemporain des T-55 des Russes.

Tristan Darieu                       3.3.2014