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STRATEGIE: dossiers

Une action pacifiste en Suisse en 1917

1916. Première Guerre mondiale en Europe. La bataille de Verdun, qui oppose les armées françaises et allemandes, tire vers sa fin. Elle causera 700 000 tués, blessés et disparus, des deux camps. Sur la Somme aussi, une autre grande bataille, opposant les forces de l'empire britannique et la République française à celles de l'empire allemand se terminera bientôt ; plus d'un million de tués, de blessés et de disparus, tous camps confondus. A l'Est, l'offensive Broussilov, en juin, a ébranlé l'armée austro-hongroise ; 1,5 million de victimes, dans les deux camps. Les plus fidèles soldats du tsar y ont perdu la vie.
Ces boucheries, dans le sein de l'Europe civilisée de la Belle Époque, troublent les consciences. En Suisse neutre aussi.
Pierre Ceresole, fils de Conseiller fédéral, grand voyageur, ingénieur, en recherche spirituelle, éloigné du monde, décide de refuser de contribuer à « l’État militaire ». Il s'en explique dans un Recours écrit adressé au Conseil fédéral, intense politique suisse suprême. Il y attaque l'Idole sanglante du nationalisme.

Bernard Antoine Rouffaer


Recours adressé au Conseil fédéral suisse contre la décision du Conseil d'Etat du Canton d'Argovie du 29 septembre 1916, dans l'affaire Pierre Ceresole

Par lettre datée du 25 août 1916, j'ai exposé à la Direction militaire du Canton d'Argovie les raisons qui m'obligent à refuser le paiement de la taxe militaire.
La Direction militaire a écarté ma protestation le 11 septembre et le Conseil d'Etat argovien a ratifié cette décision le 29 du même mois. J'use de mon droit de recours pour porter cette affaire à votre connaissance et pour attirer votre attention et celle de nos concitoyens sur une situation que nous ne pouvons plus supporter. Pour caractériser mieux que je ne l'ai fait dans ma lettre du 25 août, l'asphyxie morale contre laquelle nous luttons, je voudrais rappeler ici une parole célèbre, extraite du discours de Bismarck à la Diète Prussienne en 1850:
"Le seul fondement sain d'un grand Etat et, en cela, il se distingue essentiellement d'un petit Etat, c'est l'égoïsme d'Etat et il est indigne d'un grand Etat de combattre pour une cause qui ne concerne pas son propre intérêt."
La politique coloniale, la manière dont les races européennes ont traité des populations moins avancées qu'elles en métallurgie et en chimie, montre que ce principe n'est pas celui de la Prusse seulement mais de toutes les grandes nations et nous reconnaissons maintenant qu'il n'y a pas de différence non plus à cet égard entre
les petites et les grandes nations.
Il n'y a en particulier ni romantisme ni générosité dans notre politique internationale; l'égoïsme la dirige. Notre sentiment de justice ne va pas, en fait, au-delà de la perception des coups qui pourraient nous toucher et nous sentons que la grande majorité des Suisses n'envisagerait pas sérieusement la possibilité de mettre en péril les intérêts immédiats du pays même si nous pouvions, en acceptant ce risque, favoriser l'éclosion et le développement en Europe d'un principe nouveau et bienfaisant.
L'immoralité de l'Etat dans ses rapports internationaux est parfaite et c'est l'être que vous demandez au chrétien de servir et vous lui demandez de le servir jusqu'au meurtre et de se glorifier de devenir meurtrier à son service.
L'Eglise officielle et la majorité de ses théologiens vous ont accordé cela et nous voyons ce qu'est devenue leur religion: un objet de mépris et d'horreur, tellement que, pour beaucoup d'hommes "croire en Dieu" n'est plus qu'une expression grotesque et un terme de corps de garde.
Vous parlez de légitime défense; la défense d'un être immoral n'est pas légitime et le droit de protéger vos femmes et vos enfants contre les outrages de l'ennemi n'en est pas un si vous ne vous souciez pas également de défendre la femme et les enfants des
autres.
Un de mes amis m'a dit: "L'Etat " n'a pas le droit d'être généreux. Et un autre  ajouté :
"Aussi longtemps que nous ne mourons pas de faim, nous n'avons pas à intervenir."
Pourquoi irais-je donc tuer un père de famille allemand ou français en combattant sous le même drapeau qu'eux ?
S'ils sont battus par des étrangers, ce ne sera qu'un triste incident de guerre civile, un malentendu puisqu'ils ont tous au fond du coeur le même principe, le même égoïsme national divinisé: Ma patrie avant tout. Vaterland über alles. My country right or wrong.
Affirmer que pour servir les autres il faut "exister" avant tout, c'est prétendre combattre l'égoïsme par l'égoïsme et renier l'enseignement du Christ qui a servi l'humanité en mourant pour elle.
Nous n'avons tous maintenant, en matière politique, qu'un seul ennemi. Cet ennemi c'est le faux dieu national infiniment plus malfaisant avec son cortège de mensonges et ses sacrifices sanglants que les pauvres idoles de bois ou de pierre que les
missionnaires vont combattre chez les peuples étrangers.
Nos voisins, le couteau sur la gorge, ne peuvent plus remuer et si les Suisses qui savent l'absurdité des haines entre Allemands, Français et Italiens ne se révoltent pas contre l'Idole, qui donc se révoltera?
Quand on a appelé le Christ pour lui dire: "Ta mère et tes frères te demandent."
Il a répondu:
"Qui est ma mère et qui sont mes frères ... ? Quiconque fait la volonté de mon Père celui-là est mon frère et ma mère" (Marc 3, 31-35). Et ces paroles paraissent dures à ceux qui ne les comprennent pas. Maintenant que vous nous appelez en disant : "Votre Patrie et vos concitoyens sont là qui vous réclament."
Nous répondons:
Qui est notre Patrie et où sont nos concitoyens ? Notre Patrie est celle qui fera la volonté de Dieu en se mettant au service de l'humanité ...  
Cette patrie n'existe pas encore et nous vous demandons de nous la donner.

Pierre Ceresole


Quel avenir pour l'Afghanistan ? Chaos, pacification ou partition ?

Quel avenir pour l'Afghanistan ? Le retrait des troupes occidentales, qui laisse seules les forces de sécurité afghanes, ouvre une période nouvelle, et inquiétante, dans l'histoire de ce pays. Qui va réussir à pacifier l'Afghanistan ?
Pacifier ce pays nécessite de le placer sous la férule d'une administration digne de ce nom, capable de "tenir" les provinces éloignées, de dompter les tribus, de faire régner un certain ordre, de le faire progresser, de le sortir de l'anarchie et du sous-développement. L'URSS et les USA, qui en avaient les moyens militaires, organisationnels, financiers et techniques, s'y sont essayés. Le résultat est piteux. Puisque les principaux concurrents ont échoué, voyons les chances des outsiders.
L'Inde est soucieuse de priver le Pakistan rival de la profondeur stratégique que représente l'espace afghan. Problème, jamais une puissance issue du sous-continent indien n'est parvenue à dominer l'Afghanistan : ni les Moghols, ni les Britanniques. L'Inde part donc avec un handicap.  Son caractère de puissance hindouiste, adversaire des États musulmans de la région, la disqualifie durablement dans l'esprit de la majorité des Afghans. L'Inde est donc pratiquement hors-jeu: c'est une force d'appoint.
Islamabad a trop d'intérêts à défendre dans cette immense région, source de jihadistes, de minerais, de voies d'approvisionnements stratégiques, pour que l'on puisse imaginer même des pressions américaines parvenir à retenir les services de renseignements pakistanais. Les USA en savent quelque chose depuis qu'ils opèrent en Afghanistan. Il y a, pourtant, une difficulté. Islamabad, qui a de mauvais rapports avec les Pachtounes, n'aura probablement pas, non plus, les moyens de ses ambitions. Les Pakistanais ne parviennent même pas à contrôler sérieusement leurs propres "zones tribales"... Quant au degré de développement du Pakistan, il reste bas. Sa société civile n'a donc pas les moyens de régénérer celle de son voisin. L'armée pakistanaise veut l'Afghanistan comme profondeur stratégique en cas d'offensive indienne massive. Ce souhait ne suffit pas pour lui donner les moyens de pacifier ce pays. Tout au plus à y répandre le chaos et créer un vide politique.  
La Chine ? Ce pays est intéressé par les ressources minières du pays. Mais elle n'a aucune expérience de ce terrain. Ses élites comprennent mal les subtilités du jeu politique en islam. Pékin est accoutumé aux peuples faibles, peu nombreux, arriérés, aisément colonisables par les masses Han. Or, les Afghans ne sont pas les doux Tibétains. Jamais Pékin, directement, ne sera à la hauteur, ni par colonisation directe, ni par engagement militaire, ni par action souterraine. Et pousser Islamabad, son allié, ne changera pas grand-chose à la donne.
Je doute donc que la Chine ou l’Inde parviennent à quelque chose de solide en Afghanistan.
Mais il y a une puissance régionale qui a longtemps dominé cette zone – car l’Afghanistan n’est pas un pays, mais une zone-tampon entre l’ex-empire britannique des Indes et celui des Tsars – l’Iran. Achéménides, Sassanides et Séfévides ont tous dominé les tribus afghanes. Après tout, c’était leur zone d’expansion naturelle. Téhéran - dont je n'apprécie guère le régime - a démontré qu'elle a les moyens et le savoir-faire pour contrôler des provinces pauvres, sous-développées et rebelles (Kurdistan, Baloutchistan, Seistan). Il y a là une réelle compétence, une  tradition administrative, une ambition. Si la communauté internationale arrive à la conclusion que les forces engagées jusqu'à présent en Afghanistan ne sont pas parvenues à dominer la situation et à faire sortir le  pays de l'anarchie, alors il faudra songer à jouer la carte iranienne. Au moins pour l'ouest du pays. Pour le nord, Ouzbékistan et Turkestan sont d' autres candidats possibles.
Laisser l'Afghanistan redevenir une zone de production de drogue, de terroristes, de  jihadistes, de hors-la-loi divers et variés,  de réfugiés, ...etc, faisant rayonner ses "produits" dans toute l'Asie centrale et du Sud, ne constitue plus une option valable. Nous ne sommes plus au XIXe siècle, le XXIe a ses exigences.

Bernard Antoine Rouffaer                  27.5.2016


QUESTION MIGRATOIRE, DES REPONSES POUR L'AVENIR DE L'EUROPE


1. ETAT DES LIEUX.

Population de l'Union européenne (2015) : 508 millions d'habitants.
Population du cœur industriel de l'Europe, attractif pour les migrants et réfugiés (Autriche, Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Suède, Norvège, Finlande) : 144 millions d'habitants.
Réfugiés syriens (hors du pays) : 4,3 millions (UNHCR).
Franchissement des frontières sud de l'Union européenne par des migrants et réfugiés depuis le début de l'année 2015 : 500 000 personnes entre janvier et août 2015 (FRONTEX).
Répartition dans l'UE (+ Suisse) de 4 millions de réfugiés et migrants (Syriens et non-syriens): 7752/million (Suisse – 8,1 millions d'habitants - : 62 791 migrants et réfugiés).
Répartition dans le cœur industriel de l'Europe (dont Suisse) de 4 millions de réfugiés et migrants (Syriens et non-syriens): 27 777/million (Suisse : 224 993).



2. ETAT DEMOGRAPHIQUE ET PREVISIONS POUR L'AFRIQUE ET L'ARC DE CRISE

Population africaine en 2000 : 1200 millions d'habitants. Prévision (ESA.UN) pour 2050 : 2000 millions d'habitants. Cette population comportera une proportion considérable de jeunes.
Source :

« L’Afrique compte actuellement 1,2 milliard d'habitants, soit 16 % de la population mondiale. Ce chiffre devrait atteindre 4,2 milliards à la fin du siècle. »
Source :
« Démographie : le 21e siècle sera-t-il africain ? », Damien Glez, « Jeune Afrique »  13.8.2014

2050 : « Pendant que la Chine perdra 150 millions d'actifs,  l'Europe  96 millions, l'Afrique, elle, en gagnera plus de 900 millions. »
Source :
 L'Afrique en pleine croissance économique et démographique »,  D. Baillard, 26.5.2015, www.rfi.fr

Populations de l'Arc de Crise (du Maroc au Bangladesh ; Inde, Afrique noire et Éthiopie exclues) : 720 millions d'habitants. L'étude des pyramides des âges des populations de ces différents pays indique, en moyenne, une population jeune à très jeune.
Sources :


3. AFFAIBLISSEMENT DEMOGRAPHIQUE EN EUROPE

La population européenne vieillit. C'est une réalité statistique. Renouveler une population nécessite un taux de fécondité par femme de 2,1 (enfants par femme). « Pratiquement tous les pays industrialisés suivent le même chemin (Taux de natalité par femme, Italie 1,4 ; Japon 1,4 ; Suisse : 1,5 ;  France 2,0) . Et ils sont suivis de près par certains pays émergents, comme le Brésil (1,8), l'Iran (1,9), la Turquie (2,0) »
Sources :
« Une voie suisse, contribution au programme politique des Indépendants vaudois », B. A. Rouffaer, A-Eurysthée, 2015, page 95

Suisse : «  ...  Aujourd'hui, on compte 29 personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes entre 20 et 64 ans, alors qu'au début du 20e siècle, on en comptait seulement 11. »
Sources :
« Une voie suisse, contribution au programme politique des Indépendants vaudois », B. A. Rouffaer, A-Eurysthée, 2015, page 97

La population originelle de l'Europe va donc décroître.


4. PROBLEMES DE FRONTIERES, DE GEOGRAPHIE, DE ROUTES MIGRATOIRES...

70 ans de paix en Europe ont réduit la notion de frontière à sa plus simple expression : un tracé sur une carte. La création de la zone Schengen, dans le sein et autour de l'Union européenne, en instaurant la libre circulation des hommes et des capitaux, a amplifié le phénomène.
Les progrès de l'éducation, des méthodes de communication, ont permis de dissiper la brume d'incertitude qui handicapait le voyageur ou le migrant. Voies d'accès, dangers potentiels, formalités, obstacles, tout est désormais connu. La mer même, malgré son immensité, ne constitue plus un obstacle.
L'Europe est donc en contact direct avec tout l'Arc de Crise, du Maroc au Bangladesh ; par le Sahara, qui ne constitue plus un obstacle, avec toute l'Afrique subsaharienne.  À cette Europe, on accède désormais par la Méditerranée, par l'Atlantique, les Balkans, la péninsule de Kola, sans obstacles.
Source :

L'Europe est donc accolée à un monde en mouvement, instable, perpétuellement agité par des crises politiques, idéologiques, démographiques, économiques, culturelles... Il n'est qu'à faire la liste de toutes les crises politiques et militaires qui ont secoué le seul monde arabe depuis 1946 pour s'en convaincre.



5. PERSPECTIVES ECONOMIQUES POUR L'EUROPE. QUELLE PLACE POUR CETTE MIGRATION ?

L'Europe a-t-elle besoin d'un surcroît de main d’œuvre ? Sa situation économique est-elle à ce point florissante qu'elle puisse envisager d'intégrer, dans l'heureux courant d'un développement accéléré et joyeux, une masse de travailleurs nouveaux ? Sans doute pas. Les statistiques du chômage, sur le continent, et spécialement celles concernant les jeunes, sont sans équivoque. (Allemagne : 4,8 % ; Autriche : 4,9 % ; Pologne : 8 % ; Bulgarie : 10,9 % ; Espagne : 23,7 % ; Grèce : 27,5 % ; moyenne pour l'UE à 28 pays : 9,9 %)
Sources :

Un autre facteur pèsera sur l'intégration des migrants : le développement de la robotisation, industrielle et domestique. Ces machines, de plus en plus opérationnelles et intelligentes, remplaceront progressivement les travailleurs peu qualifiés. Service à la personne, service hôtelier, travail sur les chaînes de montage, nettoyage, le robot, sous toutes ses formes, est en train de concurrencer l'humain. Particulièrement l'humain peu éduqué. On parle de 30 % des emplois humains menacés.
Sources :

Non seulement les emplois humains peu qualifiés seront menacés par des robots, mais l'Europe, comme tous les territoires anciennement industrialisés, connaît, depuis 30 ans, un phénomène de désindustrialisation presque continu. L'un des grands enseignements de la crise de 2008 est que seuls des emplois industriels, en grande quantité, permettent de maintenir le niveau des salaires. Le secteur tertiaire, grand employeur de main d’œuvre, n'y peut parvenir. Et c'est un tandem robot-ingénieur que l'on doit envisager quand on parle de l'industrie de demain.
Les migrants et réfugiés sont-ils suffisamment qualifiés pour échapper au duo crise-robotisation ? Peut-être pas. Parmi les réfugiés syriens parvenus en Allemagne, seuls 6 % auraient un niveau de qualification tertiaire. Le taux d'analphabétisme chez les réfugiés et migrants serait de 4 % chez les Irakiens, 18 % chez les Syriens, 34 % chez les Nigérians et 53 % chez les Afghans.
Source :



6. DES SOLUTIONS ACCEPTABLES POUR L'EUROPE, L'AFRIQUE ET LE MOYEN-ORIENT.

Lorsqu'on est confronté à une poussée de grande ampleur, non-désirée, quelle que soit sa nature, il faut la ralentir, la resserrer, affaiblir la source de cette poussée, puis, celle-ci étant affaiblie, s'occuper de sa pointe avancée.
De manière désordonnée, chaotique, spontanée, une partie de ce programme est mis en application en Europe. Un grand nombre de frontières se sont déjà fermées dans les Balkans, et même en Allemagne, épicentre de l'attractivité migratoire. Le flux en est donc quelque peu ralentit. L'UE semble avoir la volonté de déployer une force navale active en face des eaux libyennes. Cela ne débouchera sans doute pas sur la destruction, à quai, des embarcations des passeurs, tel que pendant l'intervention occidentale contre le régime de Kadhafi, en 2011, mais c'est un pas dans la bonne direction.  À terme, cela coupera l'une des voies d'acheminement.

Comment affaiblir la source de cette poussée ? Il y a trois choses à faire . D'abord, rétablir un ordre civilisé en Syrie et en Irak. Et, en attendant, améliorer considérablement les conditions de vie dans les camps de réfugiés de la région. Deuxièmement, prévenir un éclatement de même nature au Pakistan, en Afghanistan, en Égypte, en Algérie. La troisième action à entreprendre est d'une nature nouvelle. La cause de la migration de nombreuses populations jeunes est l'état de désespérance sociale dans laquelle elles vivent : pas de travail, pas de liberté politique, peu de culture, une certaine misère sexuelle, peu d'espoir. Ces masses migrantes, jeunes, représentent une force de travail considérable. Des capitaux existent, qui cherchent à s'investir dans des pays à bas coûts de main d’œuvre. Comment les faire se réunir ? Ils ne se rejoindront pas en Afrique noire, ni au Proche-Orient. Trop de corruption, trop d'instabilité politique, trop de menaces sur la sécurité des personnes. On ne réussira pas en appliquant les vieilles  méthodes du développement en usage depuis la période post-coloniale. Il va falloir entièrement revoir notre approche du problème.
Devrons se créer des centres de développement, proches de la source de main d’œuvre, mais en dehors des territoires où sévissent corruption endémique, terrorisme, xénophobie, fanatisme religieux, sous-développement général, faiblesse des infrastructures.

Lorsqu'on aura fait ce qui est nécessaire, ce que l'on aurait dû faire depuis longtemps, il deviendra plus aisé de s'occuper de la part des réfugiés qui comptent parmi les plus vulnérables : femmes, enfants, familles pauvres, minoritaires persécutés.
Là se trouve la seule issue à notre problème.



7. QUELLES CONSEQUENCES EN CAS D'ECHEC?

Si l'intégration sociale, économique et culturelle des nouveaux migrants et réfugiés, très majoritairement musulmans, devait échouer, le malaise engendré chez leurs descendants risque de donner des fruits amers. L'Europe va se trouver confrontée à la montée de deux extrêmes : les groupes salafistes, et leurs pratiques prosélytes et terroristes ; la montée électorale et culturelle des formations politiques de la droite dure et de l'extrême-droite. Ces deux forces provoqueront désordres et effusions de sang. Leur progression marquera la défaite politique, culturelle et idéologique de la droite libérale et de la gauche sociale, maîtresses du jeu politique, médiatique et culturel depuis 1945. Il n'est pas certain qu'il s'agisse là d'une bonne nouvelle.


Bernard Antoine Rouffaer           8.10.2015

PS : D'ici six mois, je publierai un exposé plus consistant sur ce que j'entends par « Devrons se créer des centres de développement, proches de la source de main d’œuvre, mais en dehors des territoires où sévissent corruption endémique, terrorisme, xénophobie, fanatisme religieux, sous-développement général, faiblesse des infrastructures. »



L'ITALIE PRODUIT TROP CHER ET DOIT BAISSER SES PRIX.

Une analyse économique et politique de l'Italie, par Hans Werner Sinn. L'Italie produit des biens 42% plus chers que son concurrent allemand. Sa production industrielle est en baisse, sa dette publique augmente, ses taux de déscolarisation et de chômage aussi Dans la zone euro, faute de dévaluation possible, son seul espoir est de faire baisser le coût de ses produits. « L'ancien Premier ministre Silvio Berlusconi a voulu résoudre le problème en retirant l'Italie de la zone euro et en dévaluant la nouvelle monnaie. » Mais il a du démissionner. Mario Monti, son successeur, « ... a tenté une dépréciation réelle, introduisant plus de flexibilité dans le marché du travail afin de forcer les syndicats à faire des concessions salariales. » Mais il a échoué. Matteo Renzi est très actif, mais ses projets, et les moyens qu'il se donne ne produira qu'une accumulation supplémentaire de dette publique...         
Bernard Antoine Rouffaer           27.8.2014


ESSAI  DE CALCUL DES FORCES MILITAIRES A DISPOSITION DE KIEV.

Arrière-plan des négociations de Genève. Quelles sont les forces terrestres sur lesquelles le gouvernement de Kiev peut compter pour faire face aux deux premiers mois d'une agression militaire russe de grand style dans la région à l'est du Dniepr? En tant que forces défensives, elles auront pour tâches essentielle de tenir les centres urbains importants. Dans ce cas, le nombre des combattants a toute son importance. Calcul pour les forces armées ukrainiennes : 74 000 militaires de l'armée de terre, 60 000 gardes nationaux, 40 000 garde-frontières, 100 000 des 1 million de réservistes, 10 000 membres des troupes du ministères de l'intérieur (sur 33 000), 5 000 miliciens des partis politiques  = 289 000 combattants à terre. + 5 000 soldats de marine et marins (sur 15 000) (à Odessa), + 15 000 « rampants » de l'aviation aptes au combat terrestre (sur 47 000) = environ 310 000 combattants. Contre 395 000 hommes dans l'armée de terre russe (et quelques parachutistes). Le risque, pour la Russie, de se retrouver dans le même cas que l'Irak au Khouzistan quelques mois après le début de son offensive est donc important. Il est évident qu'une partie des effectifs de l'armée ukrainienne ne peut pas être regardée comme fiable ou même motivée. Mais l'exemple de la dissolution de la 25e brigade parachutiste et le sort réservé à son encadrement montre que le régime de Kiev s'attelle à la tâche consistant à élever son niveau d'efficacité. De plus, si l'armée de terre ukrainienne n'est pas motivée quand il s'agit de faire feu contre sa propre population (ce qui est fondamentalement une bonne chose), rien n'indique qu'elle aura, aujourd'hui, le même comportement face à une armée régulière ennemie. Le même raisonnement s'applique aux garde-frontières, marins, soldats de l'armée de l'air, ... Remplacer les officiers « tièdes » par de jeunes cadres soucieux de lancer leur carrière fait partie des mesures habituelles en cas de crise. Pour ce qui est de l'armement, ce n'est pas vraiment un problème, l'Ukraine ayant héritée d'une grosse part des équipements de l'ancienne armée rouge. Et les techniques de la guerre terrestre n'ont pas connu de bouleversement majeur depuis 1990. Reste donc la négociation, la déstabilisation, la manipulation et les pressions économiques. Ce qui pourrait ne pas suffire.
Bernard Antoine Rouffaer    18.4.2014


ARMEE RUSSE : COMBIEN DE DIVISIONS DISPONIBLES POUR L'UKRAINE ?

L'armée russe compterait un million d'hommes. Ce qui, à première vue, semble largement suffisant pour envahir et occuper l'Ukraine... Un million de soldats russes bien équipés pour tenir un pays de 46 millions d'habitants. A première vue, c'est faisable... Seulement, pratiquement, seuls compteront les combattants aptes au combat terrestre à courte distance et non-indispensables sur d'autres fronts. On ne conquiert pas une ville pourvue de défenseurs raisonnablement équipés en volant à 10 000 mètres, en manipulant un missile nucléaire intercontinental ou en faisant évoluer un croiseur lance-missile en pleine mer. Ce qui exclut l'essentiel des hommes de l'Armée de l'Air (148 000 hommes, 14,8% du total), ceux de la Marine russe (142 000 hommes, 14% du total), ceux des Forces Nucléaires Stratégique (80 000 hommes, 7,5%), ceux affecté au Commandement et au Soutient (250 000 hommes, 25%). Seuls les 395 000 hommes de l'Armée de Terre joueront un rôle décisif quand viendra l'heure de conquérir Donetsk (1,8 millions d'habitants) ou Kiev (2,8 millions d'habitants), rue par rue.
« En 2009 23 divisions ont été réorganisées en 85 brigades :
40 brigades interarmes : 4 brigades blindées, 35 brigades de fusiliers motorisés, et une brigade de forteresse. Chacune d’elles comprend en outre deux bataillons d’artillerie et un de lance-roquettes multiples, un bataillon de missiles antiaériens, un bataillon d’artillerie antiaérienne, un du génie militaire, un de transmissions, un de maintenance et un de logistique, et une compagnie de reconnaissance.
45 brigades d’appui : 9 brigades de missiles, 13 d’artillerie (dont 4 de fusées), 9 de défense antimissile, 1 d’ingénieurs, 7 brigades de forces spéciales, 3 de guerre électronique et une de reconnaissance, celle-ci basée à Mozdok (Caucase-Nord). »
Et encore, pas tous. Impossible de dégarnir la Tchétchénie, et le reste du Caucase. Ce qui inclut le front géorgien. Difficile de dégarnir complètement l'Extrême-Est russe, trop éloigné. Risqué de découvrir Saint Saint-Pétersbourg, ou la frontière des pays baltes, surtout si l'OTAN montre les crocs... Les 40 brigades interarmes devront se répartir sur tous les fronts. Il n'y en aura donc guère que 25 à être complètes, parfaitement équipées, disponibles pour l'Ukraine. Elles seront soutenues par les brigades d'artillerie et une partie des Forces Spéciales. Mais tout cela ne réunira sans doute pas 300 000 hommes. Comme, dans un précédent calcul, j'estimais à ce même chiffre les effectifs ukrainiens disponibles pour une défense à outrance des centres urbains, la marge de sécurité de l'envahisseur sera ...nulle ? Et ce dans un contexte d'isolement diplomatique, soumis à un régime de sanctions économiques extérieures grandissant et sur fond d'opposition progressive d'une opinion russe rapidement écœurée par les images de violences et de destructions. La Russie ? Assez d'hommes pour créer un bourbier politico-militaire, pas assez pour s'en extraire avantageusement.                   Bernard Antoine Rouffaer                    26.4.2014


LA GARDE NATIONALE CROATE , UN MODELE POUR L'UKRAINE?

«Je ne veux pas aller à l'armée, mais s'il le faut, j'irai me battre. Je me suis déjà battu sur les barricades de Hrushevskoho, continue-t-il. Je ne veux plus jamais voir ça de ma vie, mais si c'est nécessaire de défendre nos villes avec des fusils contre des tanks, je rejoindrai la première ligne, avec un fusil, pour montrer aux soldats que les citoyens comme moi sont à leurs côtés.»
Comme en Croatie, au moment de la dissolution de la Yougoslavie titiste, la carence de l'armée régulière pousse les autorités ukrainiennes à créer une Garde nationale chargée de défendre le territoire face à une armée régulière hostile, hier la JNA, devenue pro-serbe, et les miliciens serbes le long de la frontière bosniaque, aujourd'hui l'armée régulière russe et les militants sécessionnistes russophones d'Ukraine.
Armée nationale croate, originellement Garde nationale croate (1990-1991): page 204, dont note 660.
Et :
Bernard Antoine Rouffaer        21.3.2014


DRONES DE COMBAT

Dans le cadre du projet d'achat des Gripen par l'armée suisse, est apparue dans la discussion la question des drones. Pourquoi faudrait-il acheter des avions de combats classiques alors que la recherche en matière de défense commence à produire des drones de reconnaissance et de combat susceptibles de remplacer lesdits avions de combat pilotés ? Ce, d'autant plus que la Suisse participe au programme « Neuron » : «Le Neuron est un programme mené en coopération européenne, avec cinq autres pays (Italie, Suède, Espagne, Grèce, Suisse), mais sous forte impulsion française. Dassault Aviation, en tant que maître d'œuvre unique, est responsable de l'exécution du contrat principal. »
Voici quelques liens qui vous permettront de comprendre que ces engins, très prometteurs, efficaces en tant que systèmes de surveillance ou de reconnaissance armée, ne sont pas encore au point -et de loin – en tant que systèmes de combat capables de rivaliser avec des avions de supériorité aérienne classiques. Il conviendrait, pour ce faire, que ces drones de combat soient capables de rivaliser avec les avions en voltige, accélération, résistance à la pression et mise en œuvre d'armes performantes. Et que leur réseau de guidage soit permanent et sûr malgré les brouillages et autres attaques électroniques de l'adversaire.
Donc, une déjà longue histoire, et pas mal de de difficultés de mise au point.
La lecture des commentaires, provenant souvent de gens bien informés, qui suivent les articles est intéressante.                Bernard Antoine Rouffaer         14.3.2014