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IDEOLOGIES: textes


 De la diversité supposée de l'islam sunnite

Un certain nombre d'agitateurs et d'agents d'influence, actifs dans les médias ou les réseaux sociaux, propagent l'idée, dans les esprits occidentaux, que la Oumma (communauté musulmane) n'existe pas réellement, que la variabilité de doctrine de l'islam sunnite est importante, que l'islam changerait de forme et de contenu au gré des divers lieux de son expansion géographique. Que, donc, un « Pakistanais musulman aura plus en commun avec un Pakistanais chrétien (au niveau de la langue, du mode de vie, des références historiques et culturelles) qu'avec un Arabe, un Sénégalais ou un Bosniaque [musulman]. » L'islam, comme doctrine, comme croyance à but eschatologique, comme élément de justification politique, comme producteur de norme social, est le socle essentiel du mode de vie, des références historiques et culturelles au sein du monde musulman. De nombreuses tentatives ont été faits, dans un passé relativement récent (modernisme palhavi, baathisme, nassérisme, bourguibisme, mouvement jeune-turc, kémalisme, ...), afin qu'il n'en soit plus ainsi, mais ce socle demeure. L'islam, comme religion, est donc au cśur du problème social et politique des pays musulmans. Tous les spécialistes occidentaux de l'islam sunnite (90% des croyants), depuis le XIXe siècle au moins, sont d'accord sur ce point: l'islam n'est pas un mouvement en perpétuelle recréation, pas un faisceau d'idéologies parallèles et dissemblables, pas une école de pensée libérale. C'est bel et bien un corps de doctrine regardé comme immuable, figé très tôt dans son histoire, uniquement susceptible d'ajout dans la ligne stricte de la logique originelle (raisonnement par analogie). C'est bien l'opinion massivement dominante parmi les élites religieuses du sunnisme. Ces agents d'influence répandent de fausses nouvelles en laissant croire que la pensée sunnite touchant aux bases de sa religion est libérale, diverses et modifiable. Ils exploitent ainsi la crédulité d'un public occidental sans éducation et sans repère (déjà assez mal à l'aise avec les fondements du christianisme...). Cette immuabilité de la doctrine est le grand mal du monde musulman. Et les groupes salafistes jouent sur du velours en exploitant cet état de fait et en s'en servant pour déconsidérer leurs opposants au sein du monde islamique. Ces agents d'influence trompent leur public en confondant sciemment la doctrine religieuse sunnite (plus ou moins mise en pratique) avec les autres caractéristiques (ethniques, organisationnelles, alimentaires, urbaines, ...) des populations gagnées à l'islam dans les diverses parties du monde. Ils se servent de ces différences culturelles, souvent superficielles, pour laisser croire à l'existence "d'islam(s) à contenu variable", offrant à ses auditeurs occidentaux ce que, précisément, ils ont envie de croire pour se rassurer. Ils utilisent ainsi l'une des méthodes de propagandes les plus communes.
Il n'y aura pas de réforme décisive du monde musulman sunnite si les bases mêmes de la réflexion qui doit y conduire ne sont pas même posées par les politiques et les intellectuels. En l'absence de cette réforme décisive, la situation sécuritaire que vit l'Orient musulman, l'Asie centrale, le sous-continent indien, l'Asie du Sud-Est et l'Europe occidentale ne connaîtra pas d'amélioration dans les vingt ou trente ans qui viennent. Je laisse à mes lecteurs le soin d'imaginer dans quel état seront nos sociétés, quelles forces elles abriteront alors, à l'issue de cette phase historique. Manipulations et tromperies ne peuvent mener qu'à une impasse.

Bernard Antoine Rouffaer                     30.9.2017




Rumeurs et espoirs sur le voile islamique : el-Azhar, le niqab et les docteurs de la loi

Une rumeur court sur les réseaux sociaux : el-Azhar, la grande université islamique égyptienne, référence traditionnelle des docteurs de loi islamique sunnites depuis des siècles, aurait émis un avis selon lequel le port d'un voile dit « islamique », pour les femmes, ne reposerait pas sur une prescription des textes saints de l'islam, ne serait qu'un effet de la tradition, et, donc, ne serait pas obligatoire. Quel espoir pour les femmes éprises de liberté, et quelles perspectives pour celles qui voudraient s'intégrer au mieux dans le sein des sociétés occidentales !

Renseignements pris, il y a de quoi déchanter. Ces bruits reposent sur une série de faits, mais qui ne vont pas, loin de là, aussi avant que pourrait le désirer l'opinion. Et il serait bien étonnant qu'une institution autant fondée sur la tradition que l'université islamique d'el-Azhar se montre si audacieuse...

En janvier 2004, le cheikh Tantaoui, plus haute autorité de l'université d'el-Azhar, mufti officiel de la République d'Égypte de 1986 à 1996, émis l'opinion que la France, pays étranger, indépendant et hors des frontières de l'islam (Dar al-islam), était dans son droit quand il légiférait sur l'interdiction du voile dans l'espace public. Cet avis fut critiqué au sein même de son institution. Le cheikh mettait ses pas dans la tradition diplomatique de lÉgypte, toujours soucieuse de ménager ses alliés extérieurs. Et la France et l'Egypte sont de vieux alliés.

En octobre 2009, le cheikh Mohammed Tantaoui, Grand Imam de l'université d'el-Azhar, affirma encore que le port du nikab (vêtement intégralement couvrant destiné aux femmes musulmanes) n'avait aucun fondement dans les textes saints de l'islam. Un certain nombre de docteurs d'al-Azhar le soutinrent.


En 2012, le cheikh Mustafa Mohamed Rachid, mufti d'Australie, a démenti avoir produit une thèse de doctorat selon laquelle  le port du voile islamique (couvrant les cheveux, hijab) ne serait pas une obligation canonique mais ne serait qu'un produit de la tradition. Le fait fit grand bruit. Cette « affaire Rachid », rapportée par le site web adrar-info.net (et de nombreux autres sites peu connus) semble douteuse. Je suis tombé sur le blog de Sami Aldeeb, ancien directeur de l'ISDC (Institut Suisse de Droit Comparé), et y ai trouvé ceci : "De nombreux articles en arabe et en langues étrangères ont rapporté que Mustafa Rachid a soutenu une thèse de doctorat à l’Université de l’Azhar dans laquelle il affirme que le voile n’est pas une obligation religieuse. Cette information a été démentie par l’Azhar, ainsi que par le concerné lui-même, dans une interview accordée au journal Al-Wafd en date du 30 juillet 2012[6]. Il affirme par contre avoir émis une fatwa il y a un certain temps dans un livre intitulé Al-Rad ‘ala al-fatawa al-wahhabiyya wal-fikr al-mutatarrif al-irhabi (Réponse aux fatwas wahhabites et de la pensée extrémiste wahhabite). Il se dit surpris que les journaux aient publié cette information sans même le consulter."

La vénérable université d'al-Azhar n'est donc pas devenue un nid de révolutionnaires...
Un autre jour, peut être ?

Bernard Antoine Rouffaer               30.6.2017




Relation between literature and culture

  The values that format the life styles can be called mixtures of customs and beliefs. Culture is not only something we live upon, also things worth we live for. Also cultural inheritance since the beginning of human history, in order to live better quality life, creativity of ‘human’ and interaction of communities are the result of culture values.
In art pieces, hundreds of years, spells religions, tales, mythologies and historical events are treasures of common cultures. In this context the mythology of Mesopotamia, Anatolia, Greek and Roman has an enormous effect on other cultures and societies. There is no doubt that psyche of world would formate in nature, then formats in society with moral way of life, in other words with way of arts it will realise its consciousness.

With the creation and explanation culture and art life affecting inside the person world., does signifies general public and standards and mirrors them. Culture is soul of place and myth. It wants just stays as power that enables us to see secret side of eternal power and beauty, difference through fantasy, it’s a bridge between cultures and colours. When this mixture changes the world, colourful harmony will be the most important factor.

Society creates itself, sustains itself again by creating its cultures and art are real and moral history of society. If culture and art has not developed within societies then we cannot say there is free individual has been created. Society which do not understands from art are slaves of materialism, they will stay in grave of pessimism and violence and therefore its biggest wall against freedom and peace. Thus there is strong connection between art consciousness and democracy, in this free soul art tree will give better fruits culture and art are antidote of pessimism.

If whole reality means literature and art is human creativity and lives on this fact, the human is cultural entity and every created art piece is full of history potential.
If reality is culture reflects societies, the duty is to excite human potential, to see their selves with others life and enable others to accept their own life.

Above all humanity as a whole, which contains and recognise all societies as ecstatic, it is a single eternity in history, it lies in this eternity, many cultures languages and civilisation inheritance lays in. Therefore none of the cultures are created from self-esteem.

Gothes points out that world literature after 18th century has shown different approaches of literature, the trade between national literatures, that gives humanitarian values, in order to be part of all humanity and through individualism that enlighten shows whole reality of cultures effect each other. Only this type of literature will become real meaning of international choice.

Cultures affect each other so much that we cannot distinguish where which one starts and which one ends. There is enormous fluidity, and this fluidity helps diversity between cultures and within themselves, as well as helps to enrich the human life. The diversity within culture helps individuals to have more choices. Therefore diversity is another argument for fairness and ascended concept of law.
When art explained in detail and feed each other, then there will be more space for freedom. Human will be symbol of freedom in suppress and forbidden regimes and art will be advocate.
The interaction between cultures can help demolish loneliness and to overcome elimination. Also it will help to respect other cultures, and others. In modern world cultures will have a need of acquainted others and theirs. Everything needs to enlighten itself, ideologically, therefore when cultural richness separate and join together, it will allow humanity and democratic culture traditions.

Consequently, art in despite of itself, a freedom place and will be piece of press and other cultures are fermentation of progress.

Every culture learns from each other and protects itself from each other. When human learns something different from itself, myth critics will progress. To one which familiar, when familiar with others they will see them as different. Whatever happens, steps beyond the important realistic and world with many voices lets human to hide in ecstatic castle. Literature gives strengths to individual and sociological factor creates required ground for understanding and mediation.

In order to create active understanding and art are making positive progress and creates necessary conditions. Understanding and art are making themselves necessary to each other. I will not go over what Albert Camus has said, “ Understanding is about putting it together and is about well knowledgeable, sympathy and empathy.

It will be catastrophic for societies to become insentient and have a low morality. Insensitivity means shortsighted of societies. Does most powerful feature human being has a right to destroy all this beauty?

Undoubtedly, art and literature are biggest feeders to languages, religions and cultures, which are created by world and humanity. Aren’t Bible, Old Testament and Koran are the first spread and famous literature examples. Were 1001 night stories not our dreams, loves, hopes and fears? Did our novels not increased in God’s love and hope of Kisot’s? When we read Balcak’s Stendhal’s, Proust’s Flaubert’s novels did we not breath the air in France and did we not feel the French societies characters passions, competitions, poverty and loves? Do we not live with Dostroyevski’s strong, fearful and hero ness? How many trips did we make to Cehov’s and Solohov’s Russia? Did we not learn the war’s effect on humans and years lived experiences with Hemig, Henrich Boll, Stefan Zwaig and Tolstoyla’s novels?  

Did we not understand the intellectual depression in that mistic atsmosphere with what Lawrence Durrell written? Did we not learned about the geography’s we never seen, otherness less and uprising with what Marquez, Fuentes, Faulkner and Infante. Hope, resistance with Nazim Hikmet, uprising in yellow hot toured up geography and pain and oppression with Yasar Kemal.  

Did we not learn to question inside travel, philosophical deepness, questioning ourselves with Bilge Karasu. Beyond these meaningful words of course there are many other voices. These voices are forced to move from their own right, oppressed and ignored voices. Kurdish literatures important names Ehmede Xani, Fekiya Teyran, Meleya Ciziri and their writings should have not hang out on walls. Minor literatures profound richness and unsaid pain are all humanity’s realities. We all know what lived pains and realities.

It is a catastrophe for societies to become insensitive and lose of morality, and those who want a homogeneous culture and language. If literature is a long journey to literature and good humanity in middle of eternity created and aesthetic culture and civilization are whole of modernity. Isn’t there necessity for saving and positively joining and preserving different cultures and languages?

  When I am finishing my word I would like to touch on Terry Eagleton’s and George Gordons speech. “England is ill, English literature should save it. In my view it should carry on saving entertain and education duties, above all should be saving our souls and make governments better”. And this country and this world are ours. When we have the saving mentality of different cultures and languages then in real terms we will reach the democracy, history, philosophy, art; basically to the enlightment and logic. I would like to draw attention to the importance of many cultures and many voices activities, against the guns and violence, of course strong ideology of literature and art’s progress will save us.

Suzan Samanci           5.11.2016     


Islamisme et Canada: Soutenons Djemila Benhabib

Interview de D. Benhabib par Anne-Laure Ner de Parceras, accordé à l'issue de son procès.


"Ici en France, le mot de "laïcité" est souvent prononcé dans le contexte politique; qu'en est-il, selon vous, de la réalité et de la vitalité de ce principe? Les politiques ont-ils conscience de l'enjeu que représente la laïcité?
DB -"Dans ce combat pour les idées, la France a une place privilégiée dans le monde. Il n'y pas un seul pays qui a poussé aussi loin le principe de séparation des pouvoirs, politique et religieux. La France est, par excellence, LE pays de la laïcité. Cette idée de génie a relégué les Dieux dans la sphère privée et a replacé le peuple au cśur du politique. C’est cela la liberté!
Il y a donc un lien intrinsèque entre la démocratie, la laïcité et la souveraineté populaire. L’absence de privilèges dresse la table au principe d’égalité qui nous renvoie, par ailleurs, à cet idéal de fraternité. La laïcité, en France, est donc le fruit d'une très longue histoire. Depuis Rabelais et Montaigne, les philosophes des Lumières et la Révolution Française, ces penseurs ont bâti une vision du Monde et de l'humain qui a eu des répercussions jusqu'à aujourd'hui. De l'Indépendance américaine aux "printemps arabes", les démocrates se sont nourris de la Révolution française qui a fait rouler la tête d’un roi-dieu. Si Charlie existe en France, c'est aussi parce qu'il est l'héritier de cette tradition républicaine. D'où la pression exercée sur la France et sur son modèle, d'où, aussi, sa responsabilité face à la défense de la laïcité. C'est ici que la confrontation avec l'islam politique est la plus virulente et la plus violente, c'est là que les idées les plus opposées à l'islam politique trouvent un écho dans le passé, résonnent dans l’actualité et sont protégées, y compris par la Constitution. Tout recul de la France se traduit par une avancée du modèle multiculturaliste et son corollaire le relativisme culturel qui affiche une tolérance très grande à l'égard de l'intolérance. Dans ce contexte, la responsabilité de l'État et de la puissance publique est énorme. On ne peut pas se permettre de laisser la république entre les mains des pyromanes… Ce serait un énorme gâchis, qui aurait des répercussions partout ailleurs. Je crains que tous ces paramètres historiques, nationaux et internationaux ne rentrent malheureusement pas en ligne de compte des politiques qui, trop souvent, ont le nez collé aux sondages et instrumentalisent la laïcité pour lui faire dire ce qu’elle n’est pas.

Cette responsabilité est aussi, voire surtout, celle des citoyens. Comment peuvent-ils se réapproprier ces principes de laïcité, de liberté et d'égalité, qui sont fondateurs de notre république?
- DB Les citoyens, quelles que soient leurs postures philosophique et politique, ont déjà le devoir de refuser la vision du monde communautariste véhiculée par les islamistes. Ils n'ont pas à avoir honte de défendre les valeurs humanistes et démocratiques nées de nos luttes collectives. Ce que je veux dire pas là, c’est que les démocrates n’ont pas à se sentir coupables d’être des démocrates. Je sais que cela ne va pas de soi. Car il a y un courant d’opinion, venant de la gauche, qui s’est associé à l’islamisme, l’islamo-gauchisme, qui considère que toute critique de l’islam et toute dénonciation de l’islam politique relève du racisme. C’est contre cette imposture qu’il faut résister, aujourd’hui, pour sortir de la confusion.
Vivre en République offre la possibilité de se soustraire à nos origines, quelles qu’elles soient, d’ailleurs. C’est donc cette possibilité qui est donnée à tout un chacun de se construire en dehors de tout déterminisme et de se tailler une place dans la société, non pas en fonction du sang et du rang mais en fonction de son mérite, de ses efforts et de son travail. D’où la place que prend l’école, par exemple. Or, nous vivons depuis une trentaine d’années en France un revirement de situation avec une fragmentation sociale de plus en plus importante, un grave déficit de la République et une montée du communautarisme. Ces reculs trouvent écho dans les structures sociales de l’immigration. Au lieu de desserrer l’étau sur les filles des quartiers par exemple, on a renforcé le pouvoir et la domination des hommes sur elles. N’importe quel boutonneux de la cité s’arroge le droit de surveiller leurs allées et venues, leur habillement, leur façon d’être et leurs fréquentations, et ce même s’il n’a aucun lien de parenté avec elles. Et c’est là qu’on réalise que, si avant les femmes étaient la propriété de leurs pères et de leurs frères et de leur maris, par la suite, elles sont aussi devenues, en raison de la terrible régression sociale, le butin des hommes de la cité.

Les féministes justement, parlons-en. Depuis quelques temps, nous avons vu surgir le concept de "féminisme islamique", qu'en pensez-vous?
- DB C'est une imposture, une escroquerie intellectuelle, qui tente de faire croire que le voile est compatible avec les valeurs universelles d'égalité et de liberté. Je redis que le hijab n'est pas un tissu, c'est un message, un étendard politique qui charrie avec lui le reste de la doctrine islamiste: la violence conjugale, la polygamie, la répudiation, l’inégalité successorale, et même la lapidation...
Á quel moment, et comment, les femmes qui revêtent cet étendard rompent-elles avec ces pratiques? La démocratie leur donne la liberté de porter un message anti-démocratique dans l'espace public, mais nous ne devons pas être dupes de sa signification. Les "féministes islamiques" (concept forgé par Tariq Ramadan) revendiquent "Le voile, c'est mon choix, c'est ma liberté!" opposant –et imposant- ainsi leur liberté individuelle aux libertés collectives conquises. Or, ce choix c'est celui du symbole d'une société inégalitaire et sexiste. Par le voile, l'islam politique envoie le message que la femme est une tentatrice et l'homme un prédateur; c'est une insulte pour la femme, mais aussi pour l'homme, renvoyé à une forme de bestialité. La mythologie des 72 vierges s’inscrit dans ce schème de pensée. Si on ne connaissait pas la fin tragique de ces assassins, on aurait juste envie d’éclater de rire et passer à autre chose. Croire de cette façon à l’incroyable, à la possibilité de l’impossible, c’est l’inversion de la conscience éveillée. Croire aveuglément est la pire des postures. La chosification des femmes déshumanise les hommes d’abord et leur négation comme sujet les mène à assécher leur intelligence puis les pousse aux violences et aux crimes. Il y a là, dans l’idée que les djihadistes se font de la sexualité et des femmes, quelque chose de l’ordre du dérèglement profond et qui relève de la stricte pathologie. C’est la peur des femmes à qui les intégristes attribuent des qualités démoniaques, ici bas, qui deviennent subitement, au paradis, une source de jouissance presque infinie. C’est quand même incroyable! Au fond, le surhomme laisse si peu place à l’homme. Lorsque j'habitais en Algérie, le hijab n'existait pas, il a été imposé avec l'arrivée des islamistes qui, dans les années quatre-vingt-dix, ont placé les femmes devant l'alternative: le voile ou la mort.
Comment ignorer cette histoire? Et beaucoup de femmes ont eu le courage de refuser ce voile de la mort. C’est à elles que je pense en premier à chaque fois que je m’exprime sur le sujet. Elles m’ont appris ce qu’est le courage et la résilience. Je n’ai jamais oublié depuis. Alors, dans ce contexte comment accepter, ici, ce que j’ai refusé là-bas?
"Le ici" et le "là-bas", c'est aussi la question du relativisme culturel, des exigences à géométrie variable, selon l'endroit où l'on naît.
DB- Exactement, le relativisme culturel consiste à instaurer un "double standard" d'exigence, en acceptant l'idée de différents niveaux acceptables de liberté, d'égalité et de justice. Les citoyens des États développés et démocratiques auraient droit au niveau maximal et ceux des États avec des exigences démocratiques moindres devraient se satisfaire de maigres progrès s’agissant des droits humains que leur garantit la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948.
Ce "double standard" est totalement inacceptable et nous ne devons jamais céder à la tentation de nous réjouir lorsqu'une demi-liberté ou une demi-égalité est octroyée à une population opprimée. J'ai rencontré des femmes afghanes héroïques, qui se battent avec un courage inouï pour faire advenir une Justice conforme aux standards internationaux dans leur pays. Pas question pour elles de se contenter du pire, elles se battent pour le meilleur pour elles et leurs enfants. Tous ceux qui prônent le relativisme culturel normalisent l'inégalité et banalisent l'injustice. Nous ne devons pas les laisser gagner la bataille des idées.

Parmi leurs arguments, il y a celui du respect des "lois" religieuses, de la "culture" des pays musulmans. Toute critique de ces régimes étant systématiquement qualifiée "d'islamophobie", d'un Occident censé vouloir imposer ses standards.
DB- Réfléchissons un instant, le mot "islamophobie" nous parle d'une peur de l'Islam. Cette peur est-elle irrationnelle ou farfelue? Il nous suffit de regarder aujourd'hui le degré de violence qui règne dans le monde musulman pour constater que cette peur est parfaitement légitime et argumentée. Que voit-on du sort réservé aux laïcs, aux femmes, aux homosexuels, aux minorités religieuses et philosophiques, aux opposants, aux démocrates…? Est-ce nous qui sommes fous de vouloir voir émerger une société laïque, égalitaire et apaisée dans ces pays? A-t-on le droit de dire que le Coran porte en lui des ferments de grande violence et qu'il est urgent de le séparer de l'appareil législatif, de revenir au processus de sécularisation du monde musulman? Peut-on espérer que tous les humains puissent être un jour libres et égaux en dignité et en droits?
Oui, bien sûr, parce que cette exigence n'est pas une vision "occidentale" mais une vision universelle. Et la charia est la négation de ces principes universels."

Anne-Laure Ner de Parceras
13.12.2016

Djemila Benhabib:




"Pourquoi Daech nous tue"

Le 4 juin 2016 les Editions A-Eurysthée mettront en vente l'ouvrage suivant :

Titre : « Pourquoi Daech nous tue »

Sous-titre :   « Les sources de la violence en islam, dans le Coran, les hadiths et la biographie du Prophète »

Auteur :   Klass-Amman, Otilio
Maison d'édition :     A-Eurysthée      2016
Type :     broché    208 pages   A5    28 CHF TTC (+ frais de port)
ISBN :   978-2-9701049-1-9

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Table des matières (simplifiée) :

INTRODUCTION       7    
ANNEXE de l'INTRODUCTION       27
CHAPITRE 1     Mahomet, homme exemplaire       32
CHAPITRE 2     Une violence morale la corruption       46
CHAPITRE 3     Un châtiment individuel : l'assassinat    51
CHAPITRE 4     Un châtiment collectif : la guerre ouverte   72
CHAPITRE 5    Le dépouillement des vaincus et la répartition du butin       85
CHAPITRE 6    La réduction des vaincus en esclavage    99
CHAPITRE 7     Les peines collectives d’exil       114
CHAPITRE 8     Le massacre collectif des vaincus       116
CHAPITRE 9     Les actes de cruauté       124
CHAPITRE 10     Commentaire général       144
CONCLUSION       149
NOTES       160
QUALITES DES AUTEURS CITES       175
BIBLIOGRAPHIES       182
TABLE DES MATIERES       197    
CARTE       206

La Table complète et la double Bibliographie sont consultables sur : http://www.a-eurysthee.com/nouveaut.htm

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Texte de la quatrième de couverture :

« Ce livre expose ce que les islamistes enseignent à leurs adeptes, chaque jour, et que le citoyen occidental ignore : le récit des actes de violence ordonnés par le Prophète de l'islam. Ces violences servent d'exemples saints, et légitiment celles de groupes comme Daech (ad-dawla al-islãmiyya).
Tirés du Coran, du recueil de hadiths de Bokhâri, de la biographie du Prophète, commentés par de savants docteurs de l'islam, ces assassinats, pillages, réductions en esclavage, acte de torture et châtiments cruels constituent une source d'inspiration pour le jihadiste, hier comme aujourd'hui.
Dans la mesure où ils se réfèrent aux agissements du Prophète, les guerriers d'un groupe comme Daech, en Irak et en Syrie, malgré leur cruauté et leur inhumanité, restent généralement dans le cadre légal fixé par l'islam. Commenté par l'orientalisme scientifique, c'est ce cadre juridique que cet ouvrage présente.
5 ans de travail ont été nécessaires pour obtenir ce résultat. 5 ans d'immersion dans le monde byzantin, la vie du Prophète, la théologie islamique, le hadith, l'univers arabique, le droit musulman. La politique de l'autruche n'a jamais servi à rien. »
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Description courte :

Il s'agit d'une présentation détaillée et très argumentée du système de contrainte et de répression que génère la « cité islamique », dans sa version originelle. Celle qui sert de modèle aux extrémistes comme les membres de Daech. L'auteur s'appuie sur une documentation écrite de haute qualité, issue de bibliothèques universitaires ; des références très solides, admissibles devant une cour de justice, ou devant un jury d'honneur. L'ouvrage comporte une double bibliographie ainsi qu'une section intitulée « Qualité des auteurs cités », qui liste les titres des personnes citées dans le texte ou en note.  Il s'agit pratiquement toujours d'universitaires de haut vol (Lewis, Mernissi, Rodinson, Andrae, Bousquet, Blachère, ...) ou de "piliers de l'islam" (Tabari, Ghazali, Bokhâri, Taimiya, Khâlil, ... ) Le texte débute par un rappel de la situation de l'islam au XIXe siècle, ainsi que par une définition de ce que l'auteur considère comme l'islam, en tant que système religieux authentique. Il se termine par un appel à la réforme de l'islam, dans le sens d'une meilleure adaptation au monde moderne.


Auteur :

Otilio Klass-Amann, spécialiste de l'industrie du pétrole et du gaz, observateur privilégié de la vie culturelle et politique du Moyen-Orient. Sa longue fréquentation des pays de la zone l'a poussé depuis des décennies à s'intéresser à l'islam et à sa civilisation. Genève. Suisse.

Editions A-Eurysthée
Suisse


 Yves Scheller répond à Hani Ramadan

(Ce texte est une réponse à un texte de Hani Ramadan publié dans le journal suisse libéral  Le Temps.)

L'islam, « incompatible avec la laïcité » ? Mais de quel minaret a chuté Hani Ramadan ?

80 millions de Turcs sont confortablement laïques depuis 1937. Les citoyennes turques votent même depuis 1934. Près de quarante ans avant les Suissesses.

240 millions d'Indonésiens, la plus grande nation du monde de tradition musulmane, respectent depuis 1945 une constitution aconfessionnelle. Et ils viennent de supprimer la mention de la religion sur les cartes d'identité.

10 millions de Tunisiens, légalement neutres depuis 1959, ont récemment adopté une constitution en bonne partie laïque, après avoir minorisé les barbus qui voulaient squatter le pouvoir.

Mais non, rien de tout cela n'y fait : selon Hani Ramadan, élu d'Allah, certes – et de qui d'autre, d'ailleurs ? - ils sont incompatibles avec l'islam. Cette déconvenue va les tourmenter gravement, nul n'en doute.

Car enfin de quel islam Hani Ramadan parle-t-il, au fait ? Des grandes civilisations musulmanes universalisantes et séculaires qui ont su dialoguer avec d'autres cultures au lieu de prêcher la haine stérile de l'Occident et dont nous sommes les héritiers partiels ? Ou de cet ersatz pudibond, vicelard et racrapoté, de cette caricature repoussante qu'il brandit sous tous les nez depuis des décennies, taxant d'islamophobie qui s'en détourne.

Question laïcité, c'est plus simple, Hani Ramadan mitonne le ragoût tiède du lobby interreligieux, des bovins du multuculturalisme et des sangloteurs de l'homme blanc : confusionnisme bonasse, respectologie sourcilleuse, clichés sulpiciens.

Condiments ordinaires : inversion, omission et enfumage.

Inversion : d'abord cette congestion, partout répandue, à voir « disparaître toute religiosité de l'espace public », comme si la laïcité confinait les croyants dans leur salle de bains. Or, au contraire, si l'on peut être laïque et croyant (si,si...), c'est parce que dans un Etat laïque, c'est l'Etat qui est laïque, et non la société. La neutralité ne s'applique donc qu'au périmètre étatique : bâtiments officiels, parlements, hôpitaux et écoles publics etc. Pour le reste, la rue, les vitrines, les places, la plus grande liberté possible – selon les lois, bien sûr, aucune liberté n'étant absolue. Ou encore ceci : le voile, et l'infâme burqa, que tous les tyrans islamistes imposent par le monde aux femmes sous peine de mort, serait-ce un uniforme politico-religieux ? Mais non, vous n'y êtes pas du tout : c'est l'expression même de la liberté religieuse, pardon« culturelle », que défendent avec tant de lucidité nos jeunes narcissiques si cools, si avides de se montrer tout en se cachant, et qui ne survivraient pas une semaine à Riadh...

Omission : l'article 18 des Droits de l'homme, qu'il brandit et dénature, et qui ne contrevient pas à la laïcité, permet de manifester sa religion en public – mais au sens large, on l'aura compris, sauf à travestir et le mot, et l'article. Quant à l'article 30, qui stipule qu' "Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un Etat, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés » - notamment l'égalité des sexes (préambule), là, silence...

Enfumage : on avait déjà les laïcités "plurielle", "ouverte" et "positive". Voilà maintenant l' « exclusive », l' « intrusive » et l' « inclusive »: servez-vous en vrac au marché aux puces des concepts. Maldonne, il n'existe qu'une laïcité - et nombreux sont ses prophètes : elle se définit par la séparation des Eglises et de l'Etat. Nécessaire, car toute société abrite diverses convictions toujours rivales, religieuses ou non. On ne peut les faire coexister qu'en les respectant toutes. A condition toutefois qu'elles soient subordonnées à un droit commun extérieur. Et forcément neutre.

Voir Hani Ramadan se réclamer de l'honnêteté intellectuelle est toujours plaisant. Mais est-on sûr qu'il soit bien habilité à cela

Yves Scheller        24.2.2016


« Islamisme et violence : un exposé des origines »

Depuis le début de l'offensive terroriste islamiste, dans l'Ancien Monde et dans le Nouveau, une question se pose : pourquoi font-ils cela ?
On a évoqué une riposte à l’agressivité des USA, l'inadaptation culturelle des populations immigrées, la haine confessionnelle, l'existence de l’État d'Israël, le revanchisme anti-colonial, les effets du déclassement social, une forme primitive de lutte des classes, une réaction à l'envahissement culturel occidental, une lecture erronée du texte coranique, le machiavélisme stratégique d’États pétroliers, un « monstre de Frankenstein » échappé des mains de son créateur saoudien, un nihilisme suicidaire et destructeur, une avidité de pouvoir, et la simple folie. A mon avis, il y a un peu de tout cela.

Le problème est que ces réponses correspondent trop aux habitudes culturelles occidentales pour saisir parfaitement une réalité non-occidentale.

L'essentiel n'est pas dit. L'essentiel est ce qui forme le fond de la culture des populations de l'Arc musulman, la base même de la culture musulmane sunnite. Soit celui de l'islam lui-même.
Voilà le tabou brisé.

Ces fondements de l'islam, en tant que religion comme en tant que système politique ont-ils une responsabilité dans la naissance et le développement de ce monstre islamiste, terroriste dans ses pratiques, expansionniste de par ses ambitions, conservateur et rétrograde dans son projet social et culturel ? Je le crois.

Et je vais faire mieux : je vais le prouver.

Dans le cours de l'année 2016, je publierai une liste étendue des fondements scripturaires de la violence en islam sunnite, une liste des acquiescements à la violence physique et morale dans le Coran, les récits de la vie du Prophète et les Hadiths, ainsi que dans les études consacrées à la vie du Prophète par les meilleurs spécialistes. J'exposerai donc les exemples de ces formes de violence donnés par le Prophète, exemple lui-même pour tous les croyants.

Otilio Klass-Amann               17.12.2015


Islamisme: une lutte pour la conquête des esprits

Le 2 avril, l'université de Garissa, dans la North Eastern Province, au Kenya, a été attaquée par un groupe de djihadistes liés aux Shebab somaliens qui ont trié puis exécuté froidement 148 personnes, dont une immense majorité de jeunes étudiants. Le 8 avril, la chaîne de télévision francophone TV5 a subi une attaque informatique qui a paralysé ses systèmes informatiques internes, interrompu ses émissions, et placé sous contrôle son compte Facebook et son site web.
Il y a un point commun à ces deux attaques : s'en prendre à des centres de savoir, à des dispensateurs de connaissances, et, la connaissance permettant d'être maître de soi-même, de liberté.
Brûler les bibliothèques, raser les sites archéologiques, détruire les musées, assassiner les étudiants en plein coeur de leurs universités, interrompre les émissions d'une chaîne de télévision à visée culturelle et informative, tout cela ressort de la même stratégie : éteindre les foyers de culture, répandre la terreur, dominer par la peur comme par l'ignorance. C'est une lutte générale pour la conquête des esprits.

La chose n'est apparue aux yeux du grand public que depuis peu, à l'occasion des attaques terroristes récentes. Mais elle existe de façon moderne, depuis au moins un siècle. Je veux parler de l'apologétique islamiste. Qu'elle émane de l'Egypte des Frères musulmans, de l'Arabie wahhabite, de l'Inde des Déobandi, ou de la Turquie des derniers Ottomans, elle a rayonné inlassablement, à l'aide de moyens de plus en plus modernes, exprimant sans cesse les idées de retour à l'âge béni du Prophète, de jihad légitime, d'opposition aux idées politiques et sociales occidentales, de mise en valeur de la charia et de sa morale, de combat pour la suprématie islamique. Utilisant le prêche, le livre, la prise en main des plus jeunes, la brochure, le journal, puis la radio, puis la télévision, enfin internet, elle a fondé le socle de la crise sécuritaire actuelle.  

Tuer quelques soldats sur un champ de bataille lointains ne détruit pas une puissance militaire. Mais intoxiquer les esprits de ses citoyens à l'aide d'une propagande habile, par la diffusion d'idées fausses mais séduisantes, permet d'affaiblir la capacité de résistance de cette puissance. Cela fait douter du bien-fondé de la lutte, cela nuit à tout effort de guerre. Cela mine aussi l'esprit de résistance, cela prépare la voie à des abandons, des reculs, des concessions indues.

L'ennemi le plus dangereux de l'Occident ne cherche pas une victoire rapide. Son combat est essentiellement un acte rituel. Il n'est pas pressé. Il veut obtenir une série de petits gains, l'établissement de petits émirats, de petits îlots où régnera ses lois, de ghettos, un peu partout, premières étapes à de futures offensives, tant psychologiques que militaires.
Culture, propagande, rituel : dans cette guerre, bien plus que sur le terrain, l'essentiel se jouera dans les esprits...  

Otilio Klass-Amann                 13.4.2015

Destruction de Hatra : Le ministre irakien du Tourisme et des Antiquités dénonce la « très lente réaction » de la coalition militaire internationale.  Euronews  9.3.2015
On se demande en effet ce qu'attendent les aviateurs alliés pour intervenir autour des irremplaçables sites archéologique du Haut Irak. Croient-ils que les bulldozers des islamistes sont à l'épreuve de leurs missiles ?  Que les vandales se rendent sur les sites à pied ou en auto-stop ? Qu'ils sont insensibles à l'action de mines anti-personnels ? Le fait d'être général d'aviation occidental implique t-il obligatoirement d'être inculte et sourd aux exigences de l'Histoire? Le passif culturel des Anglo-saxons en Irak, berceau historique de l'humanité, est déjà très lourd. Faut-il qu'il pèse plus encore ?  Faut-il que les déprédations qu'ils ont laissé commettre atteigne un niveau tel qu'il donne la nausée aux hommes de culture ? Faut-il désigner Londres et Washington comme les nouvelles résidences des Huns ?  
Bernard Antoine Rouffaer             9.3.2015

« On Sunday Iraqi Tourism and Antiquities Minister Adel Shirshab said the US-led coalition air strikes could defend the cultural heritage of the country.
Our airspace is not in our hands. It’s in their hands,” he told reporters in Baghdad. I am calling on the international community and coalition to activate its air strikes and target terrorism wherever it exists.” »
http://rt.com/news/238833-isis-destroy-city-iraq/


Islam et Occident : une expérience inédite.

L'attentat meurtrier qui presque détruit la rédaction de « Charlie Hebdo » est un acte dirigé contre la culture et la libre expression en Europe. Depuis XVIIIe siècle, sur ce continent, avec l'affaiblissement du christianisme, est apparue la nécessité de fonder, au moins partiellement, la religiosité des nations sur une base nouvelle. C'est ainsi qu'est apparue, en France comme dans d'autres pays, une sorte de religion civique de remplacement, basée sur une éthique de comportement, celle de « l'honnête homme », une forme de culte rendu à des idéaux fédérateurs : la Nation, la Patrie, le Droit, la Justice, le Progrès - formes modernisées des incarnations divinisées du paganisme -, sur la croyance dans le progrès humain, la Démocratie, et dans la Culture. L'attentat qui frappé « Charlie Hebdo » a frappé de plein fouet cette religion civique. Il constitue, en fait, un acte blasphématoire.
Toujours, depuis le haut moyen-âge, en Europe franque, en Éthiopie, à Byzance, théologiens, princes et plaisantins ont brocardée Mahomet et sa prédication. De même, de l'autre côté de la Méditerranée, docteurs de la foi musulmane, émirs et « gens du ribât » ont brocardé les évangiles et les pratiques des églises chrétiennes. C'était la règle, bien plus que l'exception. La satire à l'encontre « des autres » pouvait se pratiquer sans conséquences graves et immédiates.

Tel n'est plus les cas aujourd'hui. Les mouvements de populations ont amené la constitution en Europe, en Australie, aux USA, de fortes communautés musulmanes, placées sur un pied d'égalité juridique avec les anciens occupants du pays, au sein d’États modernes. Cette situation est nouvelle. Il a existé, par le passé, une cohabitation entre islam et christianisme, ou hindouisme, ou bouddhisme, en Sicile, en Espagne, en Syrie, en Inde, mais pas à égalité de conditions. Les uns dominaient les autres. La caricature était autorisé aux uns, pas aux autres, sous peine de sanctions redoutables.

Donc comme toute expérience nouvelle, nous découvrons, laborieusement, douloureusement, les effets de ce côtoiement inédit. Nous somme en train de vivre un moment historique : se découvre à nous, lentement, la réponse à la question de savoir si des idéologies religieuses fermées sont susceptibles d'autoriser la naissance d'une société harmonieuse. Ou si, comme au Liban, comme en Syrie, le fait de placer l'une à côté de l'autre une population musulmane et une autre non-musulmane n'apporte que de longs intervalles entre deux épisodes violents.  

Bernard Antoine Rouffaer                    18.1.2015