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POLITIQUE: livres

« Joseph Bonaparte »
Thierry Lentz
Perrin    Paris     2016

Quand on approche la trajectoire fulgurante de Napoléon Bonaparte, on a tendance à oublier le rôle de sa famille dans cette ascension formidable. Car ce rôle fut très important. 

Ses frères et soeurs apportèrent dans le berceau du militaire génial et de l'administrateur énergique que fut Napoléon, les talents qui lui manquaient, et dont l'absence eussent entravé sa carrière. Ses frères firent, mieux que lui, de la politique, mieux que lui, ils se lancèrent dans la finance et les affaires, mieux que lui, ils cultivèrent des relations et des amitiés politiques précieuses. Ses sœurs séduisirent des hommes importants, de possibles rivaux, des alliés indispensables ; elles tissèrent des liens qui permirent des rapprochements à des moments décisifs, elles collectèrent d'utiles informations sur l'évolution politiques des milieux parisiens. 
Tous ensembles, ils formaient un clan, un clan corse, capable de se mobiliser pour sauver les intérêts de l'un des leurs. Pendant la période la plus troublée de la Révolution française, pendant la Terreur, après Thermidor, alors que de graves menaces pesaient sur Napoléon, la menace d'une vengeance à la Corse joua aussi son rôle. 

Avant d'être instrumentalisée par le nouvel empereur des Français, sa famille joua un rôle majeur dans la progression de sa carrière. Il est remarquable que la fortune de Napoléon connut une trajectoire ascendante tant qu'il bénéficia de l'aide efficace de sa parentèle. Lorsque, emporté par son autoritarisme natif, il s'en défit de lui-même, son étoile commença à pâlir.
De 1800 à 1804, il affermit son autorité sur la France, puis, par la grâce de son génie militaire, il vainc l'Autriche en 1805, la Prusse en 1806, puis la Russie en 1807. Il est alors à son zénith. Immédiatement après, cédant à son naturel, il se retourne contre son allié espagnol, allié dont il a pourtant grand besoin pour ses affaires maritimes et coloniales. Madrid est prise en 1808, et les ennuis du Petit Caporal ne cesseront plus, jusqu'à la catastrophe russe de 1812 et l'abdication de 1814.
Joseph, l'aîné de la famille, qui n'eut, de loin pas, les talents militaires de son frère, fut un homme d'affaire avisé, un grand collectionneur d’œuvres d'art, un diplomate efficace, un administrateur pertinent ; comme d'autres, il fut corrompu, à la mode du temps... La biographie que Thierry  Lentz lui consacre met en lumière l'arrière du décor de l'épopée napoléonienne, les coulisses de la gloire, les instruments de la lente ascension de la famille Bonaparte.

Bernard Antoine Rouffaer              15.2.2017


             
 « THE BIRTH OF ISRAEL, MYTHS AND REALITIES »
Simha Flapan
Pantheon Books
New York     1987

Cet ouvrage a le mérite de rappeler la disproportion qualitative existant entre les deux populations en lutte pour le contrôle de la Palestine mandataire. Le faible taux de mobilisation potentiel dans la population arabe, conséquence de son mauvais état de santé général, de son faible taux d'éducation et de la place très limitée accordée aux femmes dans l'espace politique, dont la conduite d'une guerre constitue un élément, en est un exemple. Il pointe aussi le niveau de violence atteint dans la région avant même le départ des troupe britanniques : 10 000 actes de violences commis par des guérilleros arabes, contre diverses cibles, entre 1936 et 1939. Maintenir l'ordre dans une province si troublée a coûté très cher à la Grande Bretagne, alors même que les besoins du réarmement, face à l'Allemagne national-socialiste, réclamait des crédits très importants à une nation en déclin économique depuis le début du siècle. On rappellera, à l'occasion, que, au plus fort de l'offensive germano-italienne en Libye, alors même que l’Égypte, et le canal de Suez, était menacée, la plus grande part des troupes britanniques déployées au Proche et Moyen-Orient servait à maintenir l'ordre plutôt qu'à combattre Rommel. L'auteur rappel aussi la brutalité de la conquête territoriale juive, violence ciblant spécialement les populations urbaines, lesquelles formaient l'élite de la population arabe. Donc les individus les plus à même de contester, de l'intérieur, le nouvel État israélien.
Bernard Antoine Rouffaer              
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Page 77:   “In the 1930S the masses of the Palestinian
people were engaged in a popular struggle that forced the political
leadership to unite in a common program and establish the first Arab
Higher Committee. The mass character of that Arab movement is
reflected in the reports of the Mandatory: between 1936 and 1939,
10,000 violent incidents were perpetrated by Arab fighters, including
1,325 attacks on British troops and police, 1,400 acts of sabotage of
pipelines, and 930 attacks on the Jewish population and settlements.
Nearly 2,850 fighters were killed, thousands wounded by British
Troops, and over 9,000 injured in other hostile engagements.”

Page 77:   Janvier 1948: “Yigal Yadin, the army chief of operations, believed it was necessary to act according to the rules of total war: …”

Page 90:   Comment chasser la population arabe: “…the variety of means he employed  to achieved this purpose: an economic war aimed at destroying Arab transport, commerce, and the supply of foods and raw materials to the urban population; psychological warfare, ranging from “friendly warning” to outright intimidation and exploitation of panic caused by dissident underground terrorism; and finally, and most decisively, the destruction of whole villages and the eviction of their inhabitants by the army.”

Page 92:   Ben Gourion: “The strategic objective [of the Jewish force] was to destroy the urban communities, wich were the most organized and politically conscious sections of the Palestinian people.” “This was not done by house-to-house fighting inside the cities and towns, but by the conquest and destruction of the rural area surrounding most of the towns.”

Page 133:   “In general, Egyptian businessmen, industrialists, and bankers had maintained contacts with their Jewish counterparts ever since World War II. The Egyptians were interested in Jewish assistance not only To modernize and industrialize their economy and government services but also to gain access, through Jewish connections, to Ameri-
can and international banks and corporations.”

Page 158:   “The professional  [US]  diplomats and mi!itary
planners were worried that continued support for partition might
endanger American standing with the Arab countries and facilitate
increased Soviet penetration.”

Page 190:   42 % de la population juive en âge de porter les armes en            1947
                  28,5 % de la population arabe seulement à la même date.

Page 190:   Type de production d’arme par la population juive entre 1945 et 1947 : balles, obus de mortier, mitraillettes (Sten), grenades à main (Mills), mortiers (calibre : two inch).
Plus tard, réception d’armes et de surplus variés provenant de Grande-Bretagne, de France, d’Italie, de Tchécoslovaquie, d’Allemagne.

Page 192:   Rapport US sur l’Etat palestinien. Contraste avec le discours d’Azzam Pasha :
“At about the same time, the American ambassador in Cairo re-
ported: " Arab morale almost totally collapsed in Palestine. Depression
and frustration rampant in most countries as a result of (a) Jewish
military successes everywhere, (b) ineptness of Arab military leaders
(c) failure of Arab League and member states, notwithstanding end-
less conferences, to agree on concerted program and unified com-
mand, (d) failure to acquire arms abroad. Informed circles inclined to
agree that Arabs would now welcome almost any face-saving device if
it would prevent open war. Might even accept de facto partition
through acquiescence to march of Abdallah troops to ]ewish-Arab
frontier. Also feared that Arab armies will probably be soundly de-
feated by Jews" (emphasis added).”

Page 194:   Forces de la Légion Arabe jordanienne : 4500 combattants, 48 autocanons, canon antichars de 57 mm, canon-obusiers (25 pounders), mortiers (calibre : 3 inch), le tout en 12 escadrons motorisés. Pour l’essentiel de l’artillerie légère, des blindés légers, de l’infanterie.

Page 204:    But de guerre égyptien en 1948 : empêcher la création d’une base britannique dans le Néguev, empêcher l’annexion de la Cis-Jordanie par Abdallah de Jordanie. Abdallah regardé par eux comme un agent du British Colonial Office.
Des volontaires ou des troupes égyptiennes présentent le 19 juillet à Hébron, Bethlehem, Jérusalem, Beersheba et le nord du Néguev.

Pages 205 à 208:   Septembre 1948 ; Essai d’une paix séparée avec l’Egypte ; négociations.

Pages 210 à 211:   Proposition du gouvernement syrien du colonel Zaïm d’absorber 300 000 réfugiés palestiniens et de les réinstaller dans le nord du pays, avec l’aide des USA. Refus israélien…

Page 216:    Mai 1950 : distribution des réfugiés palestiniens selon l’ONU.
129 000  au Liban
82 000  en Syrie
500 000  en Jordanie (y compris la Cis-Jordanie)
201 000  à Gaza
46 000  en Israël

Page 224:    Plans pour la réinstallation des réfugiés palestiniens.

Page 224:  “The [Israely] Foreign Ministry
goes on to suggest the "resettlement" of 305,000 refugees from the
rural sector: 160,000 in Iraq (the Habaniah project), 85,000 in Syria
(the Jazira project), 50,000 in Transjordan (the Yarmuk project), and
5,000 each in AIgeria and Lebanon. Refugees from the urban sector,
it claimed, would have no difficulty integrating into the Arab world
because of their high level of skills and education, and would, in fact
be a blessing for the underdeveloped Arab countries.”
Page 225:  “Thus Israel was offered a choice between repatriation of the refugees.to their own homes and villages or territorial concessions from the.area assigned to the Jewish state by partition, which meant, in effect, a smaller Jewish state. Israel, on the other hand, dec]ared itseJf ready to absorb 100,000 refugees in ex change for Arab recognition of the armistice lines as final borders. Moreover, Israel offered to absorb the 1200,000 refugees in the Gaza Strip provided that territory was in-
cluded within the Jewish state.”

Compte-rendu par Bernard Antoine Rouffaer              6.1.2015



« La dénazification »  
Sous la direction de Marie-Bénédicte Vincent
Tempus     2008
Entre 1945 et 1955 les Allemands ont subi une véritable cure de désintoxication qui les a aidé à se distancier de l'idéologie national-socialiste. Cette cure a pris diverses formes selon qu'elle était appliquée par les Américains, les Anglais, les Russes ou les Français, mais elle a démontré que si une idéologie, par certains moyens, était capable de se saisir de tout un peuple, il était aussi possible de lui faire lâcher prise. Exposer les crimes de ses dirigeants, priver ses partisans de l'accès au pouvoir politique ou administratif, les chasser des écoles et des universités, confisquer leurs entreprises ou leurs trésors de guerre, permettre la libre expression de la Presse et de l'Art, tout cela permet de déraciner une idéologie politique et de libérer l'âme d'un peuple. D'autres exemples historiques permettent de comprendre que ce processus est applicable à toute idéologie, quelle qu'elle soit.
Page 38 : Le nazisme perçu comme « une maladie dont il faut guérir les Allemands. » Version britannique : poser un cadre dans lequel les Allemands pourront se  soigner eux-même. Pour les Français, la supériorité culturelle française doit jouer le premier rôle.
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Page 47 : Les Universités refondées en 1945-46 par les élites antinazies. Reconstitution de « l'Université des mandarins ».
Page 54 : 1948, sondage : peu d'intérêts des jeunes allemands pour la vie démocratique.
Page 55 : 1948, 60% des jeunes allemands partisans de l'idée européenne.
Page 65 : Dans la zone soviétique, mobilisation des écrivains socialistes et bourgeois pour éliminer l'influence national-socialiste.
Page 71 : 1945-fin des années 50, dans l'esprit des allemands : un « bon » et un « mauvais » Troisième Reich.
Page 73 : août 1947 : 52% des Allemands considèrent le nazisme comme une bonne idée mal appliquée. Hiérarchisation de l'empathie.
Page 76: Après 1945, les Églises craignent qu'une épuration trop poussée ne leur fasse perdre leur influence sur le camp conservateur.
Page 78 : Implication de l’Église évangélique : dans les Églises de Hesse-Darmstadt, Nassau et Hambourg 35% des pasteurs se sont compromis avec le nazisme, 51 pasteurs sur 55 à Brême. 27% des pasteurs compromis en Bavière.
Page 99 : Exemples d'assassinats de « criminels » antinazis par des autorités locales allemandes à la veille de l'arrivée des troupes us.
Page 169 : Criminalité mineure parmi les populations juives déplacées dans la zone américaine dans l'immédiat après-guerre.
Page 197: Représailles économiques française dans leur zone d'occupation : déboisement, démontages d'usines, prélèvements de vivres.

Bernard Antoine Rouffaer    13.7.2014