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IDEOLOGIES: textes (2)



« Tariq Ramadan ne dit pas que des bêtises »

...Prétend un ami. Admettons.
Mon hypothèse après examen est plus simple : en disant des choses qui vont régulièrement dans le sens du vent, c'est-à-dire du Bien, il ne dit exactement rien. C'est du vent.
«Décryptage», comme on dit dans nos bons médias.
Je viens d'ouvrir au hasard une page de son avant-dernier livre avec Morin, « Au Péril des idées, les grandes questions de notre temps » (en toute simplicité...), Presses du Châtelet, coll. Archipoche, 2014, p. 34.
Je cite et commente dans le texte, en séparant chaque phrase d'un paragraphe unique.
«En matière d'éducation, une intervention radicale est en effet souhaitable, et sur plusieurs plans.»
Certes, on le dit depuis Montaigne au moins. Quant aux «plusieurs plans», qui peut dire que c'est faux ? Mais aussi qui peut dire de quoi il s'agit ?
«J'ai d'ailleurs intitulé un de mes livres La Réforme radicale ! Ce thème parcourt l'ensemble des chapitres de votre livre La Voie.»
Echange de bons procédés, ok. Mais attention, hein, pas "une réforme radicale", ni "une voie", non : LA. L'unique. Et sa propriété.
«Dire qu'il faut réformer l'éducation, c'est affirmer la nécessité de poser la question des finalités.»
Un vrai scoop...
«A qui enseigne-t-on et pourquoi ?»
Un autre scoop...
«En fonction de quels objectifs évalue-t-on des élèves ou des étudiants ?»
Un troisième scoop...
«Que doit donc être la substance de notre éducation ?»
Et vlan ! Un quatrième scoop. Au diable l'avarice.
Tariq est probablement le premier à se poser ces questions (une des "grandes de notre temps", assurément, mais aussi des autres temps, non ? Platon, Aristote, Bacon et Spinoza n'ont qu'à bien se tenir...) que nul enseignant n'avait discernées jusqu'ici... On est devant un grand exercice d'enfoncement des portes ouvertes les moins fermées de l'histoire de l'éducation dans les siècles des siècles.
«A mon avis, il est important de se pencher sur les finalités, les contenus et la transmission du sens de la responsabilité, tant humaine que civile et locale.»
- Là encore, qui va se hasarder à dire qu'il n'est pas important de se pencher sur tout ça ? On remarquera ici le style ternaire et les accumulations vides chers à Tariq : « (...) la finalité (1), les contenus (2) et la transmission (3) (...) ; pourquoi pas les conditions, les contextes ou les traditions ? Pourquoi pas la visée pédagogique, les techniques d'information et les moyens ? Parce que. Ceci ou cela, quelle importance au fond. L'essentiel est d'accumuler.
« (...) la responsabilité, tant humaine que civile et locale.»
- Autre exemple de style ternaire. D'abord, existerait-il une responsabilité qui ne serait pas «humaine» ? Kessé ? La responsabilité des poissons, des loutres de mer et des holothuries ?
Mais mieux : parler d'une «responsabilité humaine» qui serait à la fois «civile» et «locale», qu'est-ce que c'est d'autre qu'un pléonasme ? Comment la «responsabilité humaine» pourrait-elle ne pas être à la fois «civile» - elle s'exerce bien dans une cité quelconque – et «locale» : en effet, elle apparaît bien dans des lieux parcourus d'humains, et assez peu sur la lune... En somme, "responsabilité" tout court aurait suffi. Mais c'est sans doute trop simple.
« Cette dernière [« la responsabilité, tant humaine que civile et locale»], évidemment, contribue à développer le sentiment d'appartenance. »
- Oui certes, là encore, sur rien, que dire, sinon rien ? La responsabilité contribue à mille choses, pourquoi pas à cela aussi ? Maintenant, que penser du «sentiment d'appartenance» ainsi développé ? Rien. C'est une substance ontologique posée là, sans examen.
«Je crois que l'enseignement devrait se fonder sur une éthique de la responsabilité.»
- Allusion à Hans Jonas et clin d'oeil à ceux qui disent l'avoir lu. On est entre gens qui savent. C'est confortable. «Ethique» et non «morale», même si c'est la même chose, le politiquement correct passera toujours mieux.
Mais que peut-on dire par ailleurs du sens de cette phrase ? A ce degré de généralités (je mets le terme au pluriel...)
Que répondre ? Quel composante dialectique lui opposer ? Sur quoi s'arrêter en arrêtant un instant le flux verbal ?
Bref, du vent sur du vent. Aucun argument, mais une suite d'affirmations truffées de termes convenables du moment (radical, réformer, finalités, transmission, local, appartenance, éthique). Avec en plus une stratégie avérée et appliquée dans tous les discours en langue de bois, le flux unilatéral, le locuteur se plaçant ainsi dans une position indiscutable, parce que jouant non sur le sens des mots ou la réflexion, mais sur le déroulement de la parole. C'est la dissertation parfois jugée «brillante» par certains profs de français (nous avons tous connu ça), mais placée en réalité au comble du vide. Une sorte d'hypnose qui semble fasciner nombre d'abrutis.
En français, cela s'appelle une logorrhée (et en grec, cela a un sens plus précis...). C'est de la langue en plastique pour la télé, pas pour l'entretien. Elle ne peut qu'anesthésier le débat, car quel contradicteur se risquera-t-il à demander un arrêt du défilement, qui est le principe même de l'information ?
Mais on peut en conclure que ses admirateurs ont raison selon une raison paradoxale : quand on ne dit rien mais qu'on se contente de ventiler, il y a peu de chances, en effet, qu'on dise des bêtises...

Yves Scheller     23.10.2017



Le retour du conformisme bourgeois

Un ami affirme être opposé au voile dans la société car pour l'égalité entre les sexes. Un instant j'ai pensé comme bien des gens, surtout à gauche, mais mon cher si tu es foncièrement attaché à l'égalité pourquoi ne pas lutter pour des salaires égaux? Comme si on ne pouvait pas avoir plusieurs combats. Un instant mon esprit épuisé par les activités festives de la soirée a même pensé oui mais la mini-jupe, ces fausses équivalences brandies par de fausses intelligentes parfois universitaires. Mon dieu, grand dieu, sacrebleu, étais-je contaminée par le relativisme intégral?

L'esprit m'est revenu, heureusement. Voilées à plein temps, elles, et nous constamment sexy? Certaines disent que c'est bien le cas. Je ne sais pas si elles ont des relations de travail, des amis, des amies et si elles ont des filles. Leur attention est focalisée sur les spécimens masculins les plus lourds et mal éduqués au point de harceler les femmes, si bien qu'elles ne voient pas prioritairement le sérieux chez leur propre fille, soeur, cousine menant une vie joyeuse et active. Or il faut toujours rappeler ce qui est beau.

Certes, le voile n'exclut pas une vie belle. Joyeuse, je suppose, pour celles vivant constamment avec un Seigneur aux exigences si scrupuleuses qu'il faut cacher la mèche rebelle et la peau jusqu'aux chevilles et poignets. Prise de tête religieuse à tout instant. Joyeuse, si tu es croyante. Très croyante vu les obligations pointilleuses. Or on peut supposer que la majorité des voilées n'est guère plus croyante qu'une catholique ou une protestante pas encore séduites par les évangéliques. Donc pourquoi se voiler? Pour avoir la paix, là où le voile est une injonction familiale et/ou sociale. Mais aussi parce que le conformisme est en train de gagner partout en islam.

Voilà ce qui choque le plus les femmes issues de la révolution féministe. Car il y a de quoi s'inquiéter en effet de ce nouveau conformisme qui déteint sur des femmes, des jeunes filles, des fillettes en toujours plus grand nombre. FB vient d'ailleurs de lancer pour elles une nouvelle petite icône voilée. Après la révolution féministe qui aurait dû rouler telle une boule de neige toujours mobile, voici le retour du conformisme bourgeois et de ses hypocrisies.

Nadine Richon       24.7.2017



Le journalisme est lui-seul responsable de son destin !

A l’heure où on évoque l’avenir des médias et de la presse écrite en particulier, il est urgent de rappeler qu’il existe des règles pour le journaliste. Elles en font un très beau métier quand il est exercé avec professionnalisme et éthique.
La Charte de déontologie de Munich – appelée aussi Déclaration des devoirs et des droits des journalistes – en fixe les contours. Elle a été signée en 1971, à Munich, par les représentants de l’ensemble des fédérations et des syndicats de journalistes européens. Elle s’appuie en grande partie sur la Charte des devoirs professionnels des journalistes français écrite en 1918 et a été remaniée en 1938. Le document qui est devenu une référence internationale, énonce les dix devoirs et les cinq droits du journaliste.
On notera la mission première qui est la recherche de la vérité. Le respect de la vie privée, le secret professionnel et la protection des sources d’informations y sont inscrits.

Pas seulement, on attend aussi du journaliste qu’il s’interdise le plagiat, la calomnie, les accusations sans fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information.
En période électorale comme c’est aujourd’hui le cas à la fois dans l’Hexagone voisin et dans le Pays de Vaud, on sera particulièrement attentif au devoir No 9 : « Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs. »

Autant dire que si la branche poursuit sa dispersion dans le « publireportage bricolé », l’organisation de forums pour annonceurs et le vedettariat elle risque de se transformer, au détour des réseaux sociaux gratuits tels que Facebook, en « réseaux non sociaux mais payants » avec une trajectoire certes brillante mais courte.

François Meylan                  21.04.2017


16 empires turcs      

Erdogan renie le kémalisme. C'est son droit. Issu des classes populaires de la société turque, avide de pouvoir, héros de la masse petite-bourgeoise, le président turc s'est construit une idéologie justificatrice mêlant pantouranisme et ottomanisme.

Ce sont-là deux doctrines contradictoires, mais notre homme ne s'en soucie pas. L'ottomanisme allie le destin d'une famille de langue turque - celle d'Osman -, lancée dans la conquête sanglante d'un royaume, puis d'un empire, traçant un sillage de violence dans les Balkans, puis au Proche-Orient et en Afrique du Nord à celui de l'islam. Ayant élevé le jihad islamique au rang de mouvement fondamental et nourricier de lÉtat, ayant étendu le statut d'esclave à presque tout le personnel au service de l'empire, c'est bien à une forme nouvelle dÉtat islamique à qui il convient de se référer quand on parle d'ottomanisme.  
Haï des peuples anciennement soumis, le régime ottoman n'aurait jamais du inspirer la politique de la république de Turquie. Le néo-ottomanisme d'Erdogan, s'il flatte l'ego du maître de la Turquie, soulève méfiance et tristes souvenirs auprès des Arabes et des peuples balkaniques.
Le pantouranisme est d'une toute autre nature. Il se réfère à la communauté de destin imaginée, à la fraternité supposée, des peuples nomades, et adeptes de religions chamanistes, des steppes du nord, celles qui s'étendent des frontières de la Chine aux forêts de la Russie d'Europe et aux Carpates. Désireux d'orner son nouveau palais d'Ankara, Erdogan y fait parader son petit personnel déguisé en costumes militaires d'époques révolues. Costumes censés évoquer les « 16 empires turcs » du passé... 16 empires turcs !! Voilà qui est bien singulier. M'étant renseigné auprès des tenants de cette théorie, j'ai trouvé cette liste plutôt fantaisiste.

Car elle inclut quatre empires hunniques (Huns). Or la langue hunnique n'est pas suffisamment connue des historiens et linguistes pour pouvoir être classée. Il est donc très aventuré de ranger Attila parmi les ancêtres du président Erdogan... Viennent ensuite deux confédérations avars (Avars), dont l'ethnogenèse n'est guère plus connue que celle des Huns. Selon toute vraisemblance, il devait s'agir d'un agglomérat de peuples d'origines diverses, regroupé temporairement au sein d'uns structure étatique des plus lâches.
Étrangement, les partisans turcs du pantouranisme ne citent pas dans leur fameuse liste les proto-Bulgares, turcs authentiques, qui donneront naissance, après s'être fondus dans la masse slave, au premier royaume de Bulgarie.
La liste comprend ensuite la Horde d'Or, mongole. Si les Mongoles sont des Turcs, alors, logiquement, les Coréens et les Japonais le sont aussi...
Pour finir en beauté, on  y trouve aussi l'empire moghol. Que Babur, son fondateur (dont je recommande la lecture des mémoires, le Babur Nama) ait eu une part de sang turc dans les veines, c'est une chose, mais que ses troupes, regroupant des Afghans, des Persans, des Turcs, des Mongoles et des Pachtounes, soient regardées comme la base d'un empire « turc », s'est plaisant.
Le pantouranisme n'est pas regardant sur les ingrédients de sa petite cuisine politique... Bref, si le président Erdogan base sa politique sur ces fadaises, on n'a pas fini d'en voir de belles...

Bernard Antoine Rouffaer             29.12.2016

Texte de l'interview que Monsieur Klass-Amann, auteur de "Pourquoi Daech nous tue  Les origines de la violence en islam, dans le Coran, les hadiths et la biographie du Prophète" a accordé à Orbis Terrae, le 10 octobre 2016


Pourquoi avoir écrit cet ouvrage sur l'islam et de la violence, n'y en a-t-il pas beaucoup d'autres qui traitent de ce sujet ?

Aucun traitant directement de ce nœud gordien des relations entre le monde musulman et le reste de l'humanité. Le corpus de textes religieux islamiques, dans le Coran, les hadiths, les faits et gestes du Prophète, les sentences du droit musulman classique, servent de légitimation et d'exemples aux violences contemporaines, celles qui nous touchent directement. Il fallait l'exposer au grand jour, au public occidental, afin que cette question puisse être discutée à fond et résolue.

Manquez-vous de respect vis-à-vis de l'islam , comme le disent certains croyants?

La première forme de respect vis-à-vis d'un doctrine, d'une idéologie, est la peine que l'on prend dans l'étude de ce que l'on dit vouloir "respecter". Étudier la vie du Prophète, parcourir les recueils de hadiths, comparer les sentences des grands juristes sunnites, se familiariser avec les grandes controverses de l'histoire de l'islam, comprendre -pour mieux situer les événements juridiques et historiques dans leur contexte géographique, social et politique - les grandes étapes historiques du monde musulman, sont des étapes essentielles à qui veux "respecter" la civilisation musulmane. La plupart des gens qui critiquent « Pourquoi Daech nous tue » ignorent ces données fondamentales de l'étude de l'islam.

Beaucoup de musulmans disent que ce type d'ouvrage remue le couteau dans la plaie, trouble une opinion déjà inquiète. Ne faudrait-il pas laisser en paix une communauté déjà discriminée ?

Les groupes salafistes se nourrissent de ces textes religieux, ils s'en servent pour justifier leurs actions violentes et recruter, jour après jour, de nouveaux adeptes. Aujourd'hui comme il y a mille ans. Ne pas exposer le problème, ne pas en discuter, ne pas vouloir rechercher des solutions pour mettre hors d'état cette machine de mort, c'est mettre toute une communauté en danger. Les gens qui disent qu'il faut détourner les yeux et attendre que ça passe manquent de lucidité et de courage. Et ils mettent tous les musulmans en danger, spécialement ceux vivant dans les pays occidentaux.

En quoi votre livre se différencie-t-il des autres, exactement ?

Cet ouvrage est consacré aux origines de la violence en islam. C'est un sujet grave, qui peut avoir de lourdes conséquences pour chacun. Il fallait éclaircir le sujet, exposer les faits, présenter les références, dissiper les brumes de l'ignorance. Il n'est pas consacré spécifiquement au jihad, ni à la condition de la femme en Orient musulman, ni au colonialisme. Il ne s'agit pas d'un ouvrage apologétique en faveur d'une religion rivale de l'islam, ni d'un livre de propagande athée ou matérialiste. Ce n'est pas un commentaire du Coran, ni une autre biographie du Prophète.  Il ne s'agit pas non plus d'une description de la vie quotidienne à La Mecque au temps du Prophète, ni d'une étude comparée des différentes écoles du droit musulman classique sunnite. « Pourquoi Daech nous tue » expose, systématiquement, les origines scripturaires - dans le Coran, les recueils de hadiths, spécialement celui de Bokhâri, et la vie du Prophète – de la violence en islam, pour l'islam. Il traite des exemples de recours à la violence donnés par le Prophète- homme exemplaire et donc source d'inspiration pour tous musulman - et contenus dans le texte coranique, les recueils de hadiths, la biographie du Prophète (par les auteurs musulmans moyenâgeux ou les historiens modernes) et ayant abouti aux règles du droit islamique sunnite, lequel découle des trois sources précitées.

Et ces références, tirées de l'islam classique, n'étaient pas connues en Occident ?

Bien sûr [rire] ! Ils sont parfaitement connus de tous les spécialistes occidentaux de l'islam depuis le XVIIIe siècle. Je veux parler des scientifiques qui ont consacré leur vie à l'étude de l'islam et de sa civilisation. Mais ce groupe humain est très restreint. Et ses liens avec le reste de la société sont ténus. L'élite politique occidentale, depuis 1800, ne s'est jamais vraiment intéressée à l'islam. Les politiques ne lisent guère les ouvrages produits par l'orientalisme scientifique. En général, ils sont remarquablement ignorants, et donc, vu l'évolution des choses, peux aptes à résoudre les problèmes contemporains.

Mais, pour parler de ces élites politiques occidentales, si elles ne lisaient rien, avant, pourquoi liraient-elles maintenant ?

Probablement parce qu'elles ont désormais peur que la situation ne leur échappe et que des forces politiques nouvelles, nettement plus radicales, ne les remplace. Et, peut-être, se retournent contre elles.
Monsieur Klass-Amann, certaines personnes disent que vous profitez de la situation sécuritaire actuelle pour faire de l'argent. Qu'en pensez-vous ?

Si je voulais faire de l'argent, sans risque, en restant dans le domaine littéraire, je choisirai d'autres sujets littéraires : du roman érotique au petit manuel de réalisation de soi, en passant par le polar, ils ne manquent pas. Rien n'est facile pour ceux qui veulent traiter de sujets aussi complexes et dangereux. Il est bien plus aisé de faire de l'argent dans le pétrole, je vous l'assure.

D'autres disent que vous cherchez à séparer le monde en deux camps : les gentils non-musulmans d'un côté, les méchants musulmans de l'autre ?

Les terroristes salafistes s'y emploient eux-mêmes avec beaucoup d'efficacité. Pour obtenir le résultat que vous craignez, il n'y a qu'à les laisser faire. C'est ce que font la majorité des intellectuels, des religieux et des politiques. C'est lâche et cruel.

Et cette réforme de l'islam, comment pensez-vous qu'elle se matérialisera ?

Des hommes et des femmes courageux, bravant les menaces, imposeront une censure des textes religieux. Ils imposeront une lecture vertueuse, universelle, de ces écrits. Ce que l’Église catholique, par exemple, faisait, et fait encore, avec les textes, souvent ...douteux ? de l'Ancien Testament

Et vous pensez qu'un « musulman réformiste » parviendra à s'imposer à la masse de ses coreligionnaires ?

Je l'espère. C'est une question de courage, de vertu, d'abnégation. Ou d'instinct de survie.

N'est-il pas plus probable que ce « musulman réformiste » ne choisisse simplement de quitter l'islam ?

C'est, hélas, ce qui se produit le plus souvent. Vouloir changer l'islam de l'intérieur expose ceux qui s'y essayent à des actes d'intimidation, puis de violence. Donc, ces gens de bonne volonté, ouverts, finissent par renoncer... et quittent une barque en train de couler. La chose a été fréquente dans le sein de l’Église catholique, en Occident après Vatican II.

ORBIS TERRAE / Otilio Klass-Amann             10.10.2016

Ouvrage:
"Pourquoi Daech nous tue
Les origines de la violence en islam, dans le Coran, les hadiths et la biographie du Prophète"
Otilio Klass-Amann
Editions A-Eurysthée        2016


Gauche aliénée et regard de Dieu

Elle est assise à l'hôtel, la table d'à côté, en face de moi. Invisible. Je devine les yeux dans la fente minuscule. Silencieuse, entravée dans ses tissus. L'homme en polo-short choisit pour elle au buffet et rafle tout au cas où, assiette énorme. Elle soulève à peine son voile pour grignoter trois trucs au hasard. Puis laisse presque tout. Richesse et gaspillage. Handicap spécifiquement féminin... Me direz-vous qu'elle est traitée au contraire comme une princesse servie à table? Alors je ne veux pas être une princesse!
On me demande où sont les voiles intégraux en Suisse? Je réponds dans les aéroports et les palaces. Quelques converties aussi, de plus en plus d'intéressées en Occident, dit-on. Pas moi, adulte et vaccinée car bien sûr je réponds «rien» à cette mauvaise question : «Qu'est-ce que ça peut te faire à toi?» A moi rien du tout, mais pourvu que ça ne tombe pas sur votre fille, séduite par un salafiste, ça peut arriver. Bon, parmi les réfugiés à secourir il y a sans doute aussi quelques familles concernées par les voiles intégraux, mais je les crois rares. Pourquoi un assistant social ne pourrait-il pas convoquer le père et lui signifier qu'il doit accepter que sa femme circule sans voile sur le visage s'ils veulent toucher l'aide financière destinée aux réfugiés? N'est-ce pas ainsi aider la femme à sortir de son état opprimé ou aliéné? J'en ai croisé une au centre de Lausanne, qui ne pouvait même pas donner la main à ses enfants: le mari en T-shirt pantalons flottants tenait les petits et elle marchait derrière entravée, visage et bras sous la toile.
On veut ça? S'habituer à l'indifférence envers autrui qui subit une «culture» dont on pourrait demander au moins que cet aspect de soumission féminine extrême soit suspendu pour permettre à ces femmes, à ces familles, de vivre la vie nouvelle qui se présente à elles? Ici nous avons des mosquées, on peut prier, il n'y a pas de problème avec la religion. On ne touche pas à toute leur culture, voyons! Quoi, dans une certaine gauche on ne pourrait même pas demander ça sans être raciste? Pauvre gauche aliénée alors.
La femme sous voile intégral (quel qu'en soit le nom car il y a des variantes masquées) ne vit pas une double journée car pour elle c'est le Groundhog Day, une seule journée et toujours la même. Si encore elle voulait le faire pour Dieu, s'immobiliser pour Dieu, sans avoir à faire la vaisselle ni à élever des enfants, sans risquer de se confronter dans la rue, à l'école ou à la piscine au regard des autres, réprobateur le plus souvent, sans avoir à affronter ce «racisme» affreux, pourquoi pas? Blaise Pascal dit que le malheur des hommes vient de ce qu'ils ne savent pas rester tranquilles dans une chambre. Bon. Mais en général ce n'est pas ça, en général il faut sortir et aller vers les autres, se démener dans une société et pas seulement demeurer sous le regard de Dieu. Le visage découvert, ça va tout de suite mieux.

Nadine Richon                    14.8.16


Lettre à un djihadiste

Alors tu t'apprêtes à tuer des gens que tu appelles mécréants et à mourir en martyr. Quel martyr? Celui que tu fais vivre à ta famille? Ton père est un Turc qui a fait sa vie en France. Tu es né dans ce pays. Tu n'as jamais dû traverser la mer au péril de ta vie, apprendre une nouvelle langue, faire un minimum d'effort. C'est ça ton malheur, tu n'as rien fichu en classe. Tu es un égoïste élevé dans les images de Walt Disney et maintenant tu rêves d'un cheval ailé sorti du Coran pour te balader dans le ciel.
«Je veux du vin, des femmes et du miel», dis-tu, croyant les trouver au paradis. Ma parole, tu viens de France, le pays du vin et tu crois trouver mieux au paradis? Et les filles ici et maintenant, pourquoi ne les vois-tu pas avec bienveillance? Sous ta foutue barbe, je devine un beau garçon. Aucun problème de ce côté. Alors quoi? Ton père musulman a alerté la police quand il a appris ton projet de partir en Syrie. Ton père vient te voir en prison, il t'aime, il pleure. Tu n'as rien foutu, ni école, ni boulot et maintenant tu veux en jeter la faute sur tout le monde. Tu me diras, le fils Sarkozy n'a pas brillé non plus, par exemple, et son père lui ouvre des portes. Hé oui, la vie c'est pas le Rocher de Monaco pour tout le monde, tu n'avais pas pigé ça? C'est du boulot la vie. Et c'est l'amour des tiens, de ton petit frère, l'amour que tu es en train de piétiner dans ton égoïsme.
Maintenant je ne suis pas d'accord de dire que tu es juste un sale type désaxé, fou, bon pour le trou. Au trou on doit te mettre, nous devons nous protéger de tes projets maléfiques. Mais te juger tel un monstre déconnecté de l'islam je ne suis pas d'accord. Tu n'écoutes plus les imams, les sages, certes. Tu as choisi l'islamisme salafiste, que tu crois plus authentique, toi l'enfant de Walt Disney, du Mac Do et de tant de trucs vachement «authentiques». Mais en fait tu ne l'as pas choisi, il est venu à toi à travers les réseaux sociaux, la modernité, la puissance financière des états matriciels du terrorisme.
Cet islamisme voyou, sans lecture ni réflexion, t'a promis le paradis et tu l'as cru. Il a dit beaucoup de mal de la vie en Occident et tu l'as cru. Si tu avais pu consulter le Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France, de l'historien Pascal Ory, tu aurais su que ce pays a été, est encore, une grande terre d'accueil. Pour ton père par exemple. Mais tu n'as pas voulu écouter telle enseignante qui t'a forcément tendu la main, ou telle autre personne rencontrée au cours de ta courte vie, tu as préféré les ombres de l'internet.
Tu n'es pas un monstre déconnecté. Le radicalisme s'est emparé de toi mais, bien avant toi, de pans entiers du monde musulman, Salman Rushdie l'avait déjà dit il y a des décennies. Bien d'autres intellectuels aussi. Mais personne n'a cru bon de te prévenir toi, le gamin de 20 ans, celui qui n'a jamais entendu parler de Rushdie ni d'aucun intellectuel musulman. Les uns t'ont intoxiqué le cerveau, les autres, nombreux, laissent faire par ignorance, par peur, par impuissance.
Tu es le dommage collatéral de la lâcheté planétaire.

Nadine Richon                 24.7.16



Un message des Éditions M.E.O. au sujet d'une fatwa menaçant une romancière bosniaque

Nous tenons à porter à votre connaissance qu’une de nos auteures est actuellement sous la menace d’une demande de fatwa et de sanctions pénales établie par deux professeurs de la faculté des Sciences islamiques de Sarajevo, les Drs. Dzemaludin Latic et Almir Fatic.

L’auteur, Jasna Samic, née à Sarajevo dans une famille de tradition musulmane, a partagé sa vie entre Paris et sa ville natale. Elle est écrivaine (romancière, poète, essayiste), orientaliste titulaire d’un doctorat à la Sorbonne, spécialiste de l’islam balkanique et notamment du soufisme, ex-professeur aux universités de Strasbourg et de Sarajevo, ex-journaliste, notamment à Radio-France Internationale.

Elle est dans le collimateur des fondamentalistes bosniens depuis la parution de son roman « Portrait de Balthazar » (M.E.O., Prix Gauchez-Philippot 2014), où elle met en scène la volonté de mainmise salafiste sur un islam bosniaque traditionnellement moderne et ouvert. La vindicte de ces fanatiques a pris des proportions dramatiques suite à une article sur la question du voile islamique dans le quotidien Oslobodjenje de Sarajevo et plusieurs interviews qui s’en sont ensuivies, notamment dans le magazine Dani, très lu en Bosnie.

Deux lettres ouvertes ont été publiées dans The Bosnia Times et adressées l’une au Procureur général de Bosnie-Herzégovine, l’autre au Grand mufti de Sarajevo, par les deux professeurs. Ces lettres appellent à sanctionner Jasna Samic pour une œuvre criminelle d’incitation à la haine nationale, raciale et religieuse, à la discorde et à l’intolérance (art. 145a du code pénal de Bosnie-Herzégovine). Nous avons constitué un dossier reprenant l’article et l’interview de Jasna Samic, les deux lettres ouvertes et une carte blanche rédigée par nous pour une prochaine publication dans divers organes de presse en Bosnie. Il montre qu’aucune des accusations portées contre Jasna Samic ne résiste à une analyse objective et que ses propos ressortissent à la liberté de pensée et d’expression. Ce dossier peut être adressé en PDF ou DOC sur simple demande.

Ni le Procureur ni le Mufti n'ont jusqu’ici donné suite et il est très probable qu’ils ne le feront pas. D’ailleurs, sans doute les signataires eux-mêmes ne l’attendent-ils pas. La raison d’être de ces lettres doit être cherchée dans certaines de leurs formulations : "A cause de telles offenses, ont aussi été prononcées des condamnations à mort" et "Si vous ne défendez pas l’islam et les musulmans contre de pareilles attaques, personne ne peut garantir la sécurité d’une telle personne".
Par ailleurs, de tous les titres dont peut se prévaloir le Grand mufti, le seul utilisé est "Celui qui est habilité à prononcer des fatwas". Or, on sait que, si ce terme peut s’appliquer à n’importe quel avis juridique, il n’est plus utilisé dans les faits que pour des condamnations à mort. Derrière une prétendue mise en garde se dissimule une incitation à la haine et un appel à la violence. Et les fanatiques ont bien compris qu’on leur désignait une victime : depuis la parution de cette carte blanche, Jasna Samic est harcelée de menaces y faisant ouvertement allusion, elle voit sa page facebook salie par des vidéos et des montages photos pornographiques. Or, ces gens sont dangereux : ils ont déjà commis des assassinats et des attentats. Jasna Samic est donc en réel danger.
Nous avons averti le Centre international du PEN Club par l’intermédiaire du PEN de Belgique. Des écrivains croates vont de même avertir le PEN de Croatie. Mais dans l’état actuel, rien d’officiel ne peut être entrepris, puisque aucune instance étatique ou religieuse n’a réagi. Par contre, il est important de manifester notre solidarité à Jasna Samic et aux intellectuels de Sarajevo qui luttent pur une Bosnie multiethnique, multiculturelle, ouverte sur l’Occident comme sur l’Orient, et aux valeurs des Droits de l’Homme pour l’acquisition desquelles ils se sont durement battus il y a vingt ans.C’est pourquoi je demande à tous ceux qui souhaitent exprimer leur solidarité de soutenir la lettre ci-dessous en nous envoyant un courriel mentionnant leur nom et prénom, ainsi que la mention qu’ils souhaitent voir figurer (écrivain, journaliste, enseignant…). Il est aussi loisible d’ajouter un mot personnalisé.Cette lettre sera adressée à l’auteur avec les noms des signataires. Toutefois, pour des raisons de sécurité, les noms ne seront pas rendus publics.
En vous remerciant,

Gérard Adam
Responsable des éditions M.E.O.
meo.edition@gmail.com
http://www.meo-edition.eu/



Quelle base intellectuelle est-elle nécessaire pour s'exprimer sur l'un ou l'autre des aspects de   l'islam-religion ?

Sur l'islam, tout le monde s'exprime, des plus qualifiés aux plus ignorants. Cela alimente les conversations, mais ne fait guère avancer le débat. Je suis d'avis qu'une base intellectuelle et bibliographique minimum devrait être avancée pour émettre un avis sur une question aussi compliquée.
Je vais me prendre en exemple.
Je viens de produire un texte de 208 pages intitulé « Pourquoi Daech nous tue », sous-titré de la façon suivante : « Les origines de la violence en islam, dans le Coran, les hadiths et la biographie du Prophète ». Ce sont les titres et sous-titres de ce qui est en train de devenir un livre.

Je m'avance beaucoup. Au sein d'une société où nombre d'intellectuels, pseudo-intellectuels, chefs religieux, journalistes, artistes, politiciens, s'esbignent depuis 30 ans à nous répéter que le message de l'islam est pacifique, c'est aller un peu à contre-courant.  Comme le dit ce phare de la pensée états-unienne, Barack Obama, le mot « salam », dans le monde islamique, sert de salutation..., si ce n'est pas là une démonstration théologique de toute première force, qu'est-ce que
c'est ?

J'ai ma propre technique de recherche, qui va un peu au-delà de la lecture de guide de conversation pour touriste. Je fouille les bibliothèques universitaires. Et j'y trouve, par exemple, la bibliographie (des auteurs cités) de « Pourquoi Daech nous tue ».

BIBLIOGRAPHIE
(ouvrages cités, ou figurant dans les notes de « Pourquoi Daech nous tue », éditions A-Eurysthée, 2016)



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El-Bokhâri, Les Traditions islamiques ,  trad. Houdas, Adrien Maisonneuve, vol. 2, Paris, 1977
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Traductions du Coran:
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Le Coran : l’appel ,  trad. André Chouraqui, Robert Laffont, Paris,  1990
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Le Coran , trad. Boubakeur Si Hamza, Fayard, Paris, 1985
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Le Coran , trad. Montet Edouard, Payot, Paris, 1925
The Bounteous Koran, trad. Khatib M. M., MacMillan Press,  London, 1984
Le Coran, trad. Kasimirski Albert Félix I., SACELP, Paris, 1981
Le Coran, trad. Blachère Régis, Maisonneuve, Paris, 1950
Le Coran, trad. Hamidullah M.,  Ansariyan Pub., Qum, 1984
Le Coran, essai d’interprétation du Coran inimitable, trad. Mazigh S., Jaguar, Paris, 1985
The Koran interpreted, trad. Arberry A., George Allen  and Unwin, London, MacMillan,  New York,  1980

Voila...  Qui m'aime me lise.

Otilio Klass-Amann                  27.4.2016



Qui associe essence de l’islam et violence terroriste ?

Tout le monde à en croire un article publié le jour de Pâques dans L’Obs. par deux disciples de François Burgat. Du très lourd, donc, attribuant tout le mal aux guerres de l’Occident depuis 2003…

J’étais alors dans la rue avec mon fils de 7 ans pour protester contre les errances de Bush. Nous avions raison, comme nous avons raison aujourd’hui de réclamer moins d’acharnement thérapeutique sur des Etats déconnectés de leurs propres sociétés civiles et condamnés à une guerre sans fin uniquement pour perdurer au profit d’un seul clan, d’un noyau tantôt chiite, tantôt sunnite, souvent au détriment des Kurdes et d’autres minorités.

Pour l’historien Pierre-Jean Luizard (interview dans L’Hebdo), «la boîte de Pandore tant redoutée par les diplomaties occidentales, celle de la remise en cause des frontières et des Etats, est grande ouverte» et il faut donc aller vers une recomposition de la région avec des modèles étatiques plus fédéralises et décentralisés, si on ne veut pas alimenter sans fin les guerres pour le plus grand profit de Daech… et des vendeurs d’armes ajouterais-je. Dire que ce chaos a été précipité par l’intervention américano-britannique en Irak est juste, de même qu’il est juste de dire que nous devons «cultiver les jardins euro-arabes et franco-méditerranéens».

Mais oublier les aspirations populaires à un printemps démocratique devenues, pour Burgat et ses disciples, de purs fantasmes d’une «poignée d’intellectuels musulmans» (quel mépris pour ces collègues d’outre-méditerranée…), rappeler les femmes harcelées dans un Occident pornographique en oubliant le sort lié des hommes et des femmes inhibés dans leur sexualité là où des hommes se servent de l’islam pour gouverner, vouloir revendiquer des identités «euro-musulmanes» sans se soucier des citoyens européens qui se reconnaissent dans une arabité ou toute autre origine culturelle non musulmane, voire non religieuse, confondre la critique des dérives de l’état d’urgence avec celle d’une «islamophobie d’Etat» et dire que nous voulons «rééduquer les musulmans», c’est ne rien comprendre d’un phénomène récent, l’islamisme, qui cherche précisément, lui, à rééduquer d’abord les musulmanes afin qu’elles portent le voile et ce faisant qu’elles soutiennent en Europe une pseudo-communauté en état de crispation idéologique.

Si l’Arabie saoudite est une pseudo-nation obligée de payer des prédicateurs qui soutiennent le clan pétrolier en place et arrosent le monde avec un islam déconnecté, il se trouve que la Tunisie ou la France et les autres vieux pays européens, sont de vrais Etats. A ce titre, ils ne devraient pas s’effacer ni sur le plan policier, ni sur le plan social bien sûr, au motif que les islamistes préconisent avec force un vide où chacun fait comme il veut (voile intégral compris) et où ils se débrouillent entre eux (charia comprise, comme on le voit dans certaines cités en GB).
Méconnaître ces crispations idéologiques islamistes c’est ne pas voir que les ennemis de l’islam et des musulmans ne sont pas les démocrates européens mais les deux formes d’extrême-droite que nos démocraties abritent : l’islamisme et la xénophobie.

Nadine Richon                   28.3.2016



Ma lettre ouverte à un soldat d'Allah

Prépare ta valise. Achète un billet. Change de pays. Cesse d’être schizophrène. Tu ne le regretteras pas. Ici, tu n’es pas en paix avec ton âme.
Ici, tu n'es pas en paix avec ton âme. Tu te racles tout le temps la gorge. L'Occident n'est pas fait pour toi. Ses valeurs t'agressent. Tu ne supportes pas la mixité. Ici, les filles sont libres. Elles ne cachent pas leurs cheveux. Elles portent des jupes. Elles se maquillent dans le métro. Elles courent dans les parcs. Elles boivent du whisky. Ici, on ne coupe pas la main au voleur. On ne lapide pas les femmes adultères. La polygamie est interdite. C'est la justice qui le dit. C'est la démocratie qui le fait. Ce sont les hommes qui votent les lois. L'État est un navire que pilote le peuple. Ce n'est pas Allah qui en tient le gouvernail.
Tu pries beaucoup. Tu tapes trop ta tête contre le tapis. C'est quoi cette tache noire que tu as sur le front ? Tu pousses la piété jusqu'au fanatisme. Des poils ont mangé ton menton. Tu fréquentes souvent la mosquée. Tu lis des livres dangereux. Tu regardes des vidéos suspectes. Il y a trop de violence dans ton regard. Il y a trop d'aigreur dans tes mots. Ton cœur est un caillou. Tu ne sens plus les choses. On t'a lessivé le cerveau. Ton visage est froid. Tes mâchoires sont acérées. Tes bras sont prêts à frapper. Calme-toi. La violence ne résout pas les problèmes.
Je sais d'où tu viens. Tu habites trop dans le passé. Sors et affronte le présent. Accroche-toi à l'avenir. On ne vit qu'une fois. Pourquoi offrir sa jeunesse à la perdition ? Pourquoi cracher sur le visage de la beauté ?
Je sais qui tu es. Tu es l'homme du ressentiment. La vérité est amère. Elle fait souvent gerber les imbéciles. Mais aujourd'hui j'ai envie de te la dire. Quitte à faire saigner tes yeux.
Ouvre grand tes tympans. J'ai des choses à te raconter. Tu n'as rien inventé. Tu n'as rien édifié. Tu n'as rien apporté à la civilisation du monde. On t'a tout donné : lumière, papier, pantalon, avion, auto, ordinateur... C'est pour ça que tu es vexé. La rancœur te ronge les tripes.
Gonfle tes poumons. Respire. La civilisation est une œuvre collective. Il n'y a pas de surhomme ni de sous-homme. Tous égaux devant les mystères de la vie. Tous misérables devant les catastrophes. On ne peut pas habiter la haine longtemps. Elle enfante des cadavres et du sang.
Questionne les morts. Fouille dans les ruines. Décortique les manuscrits. Tu es en retard de plusieurs révolutions. Tu ne cesses d'évoquer l'âge d'or de l'islam. Tu parles du chiffre zéro que tes ancêtres auraient inventé. Tu parles des philosophes grecs qu'ils auraient traduits. Tu parles de l'astronomie et des maths qu'ils auraient révolutionnées. Tant de mythes fondés sur l'approximation. Arrête de berner le monde. Les mille et une nuits est une œuvre persane. L'histoire ne se lit pas avec les bons sentiments. Rends à Mani ce qui appartient à Mani et à Mohammed ce qui découle de Mohammed. Cesse de te glorifier. Cesse de te victimiser. Cesse de réclamer la repentance. Ceux qui ont tué tes grands-parents sont morts depuis bien longtemps. Leurs petits-enfants n'ont rien à voir avec le colonialisme. C'est injuste de leur demander des excuses pour des crimes qu'ils n'ont pas commis.
Tes ancêtres ont aussi conquis des peuples. Ils ont colonisé les Berbères, les Kurdes, les Ouzbeks, les Coptes, les Phéniciens, les Perses... Ils ont décapité des hommes et violé des femmes. C'est avec le sabre et le coran qu'ils ont exterminé des cultures. En Afrique, ils étaient esclavagistes bien avant l'île de Gorée.
Pourquoi fais-tu cette tête ? Je ne fais que dérouler le fil tragique du récit. Tout est authentique. Tu n'as qu'à confronter les sources. La terre est ronde comme une toupie, même s'il y a un hadith où il est écrit qu'elle est plate. Tu aurais dû lire l'histoire de Galilée. Tu as beaucoup à apprendre de sa science. Tu préfères el-Qaradawi. Tu aimes Abul Ala Maududi. Tu écoutes Tarik Ramadan. Change un peu de routine. Il y a des œuvres plus puissantes que les religions.
Essaie Dostoïevski. Ouvre Crime et châtiment. Joue Shakespeare. Ose Nietzche. Quand bien même avait-il annoncé la mort de Dieu, on a le droit de convier Allah au tribunal de la raison. Il jouera dans un vaudeville. Il fera du théâtre avec nous. On lui donnera un rôle à la hauteur de son message. Ses enfants sont fous. Ils commettent des carnages en son nom. On veut l'interroger. Il ne peut pas se dérober. Il doit apaiser ses textes.
Tu trouves que j'exagère ? Mais je suis libre de penser comme tu es libre de prier. J'ai le droit de blasphémer comme tu as le droit de t'agenouiller. Chacun sa Mecque et chacun ses repères. Chacun son dieu et à chaque fidèle ses versets. Les prophètes se fustigent et la vérité n'est pas unique. Qui a raison et qui a tort ? Qui est sot et qui est lucide ? Le soleil est assez haut pour nous éclairer. La démocratie est assez vaste pour contenir nos folies.
On n'est pas en Arabie saoudite ni au Yémen. Ici, la religion d'État, c'est la liberté. On peut dire ce qu'on pense et on peut rire du sacré comme du sacrilège. On doit laisser sa divinité sur le seuil de sa demeure. La croyance, c'est la foi et la foi est une flamme qu'on doit éteindre en public.
Dans ton pays d'origine, les chrétiens et les juifs rasent les cloisons. Les athées y sont chassés. Les apostats y sont massacrés. Lorsque les soldats d'Allah ont tué les journalistes, tes frères ont explosé de joie. Ils ont brûlé des étendards et des bâtiments. Ils ont appelé au djihad. Ils ont promis à l'Occident des représailles. L'un d'eux a même prénommé son nouveau-né Kouachi.
Je ne comprends pas tes frères. Il y a trop de contradictions dans leur tête. Il y a trop de balles dans leurs mitraillettes. Ils regardent La Mecque mais ils rêvent de Hollywood. Ils conduisent des Chrysler. Ils chaussent des Nike. Ils ont des iPhone. Ils bouffent des hamburgers. Ils aiment les marques américaines. Ils combattent "l'empire", mais ils ont un faible pour ses produits.
Arrête de m'appeler "frère". On n'a ni la même mère ni les mêmes repères. Tu t'es trop éloigné de moi. Tu as pris un chemin tordu. J'en ai assez de tes fourberies. J'ai trop enduré tes sottises. Nos liens se sont brisés. Je ne te fais plus confiance. Tu respires le chaos. Tu es un enfant de la vengeance. Tu es en mission. Tu travailles pour le royaume d'Allah. La vie d'ici-bas ne t'intéresse pas. Tu es quelqu'un d'autre. Tu es un monstre. Je ne te saisis pas. Tu m'échappes. Aujourd'hui tu es intégriste, demain tu seras terroriste. Tu iras grossir les rangs de l'État Islamique.
Un jour, tu tueras des innocents. Un autre, tu seras un martyr. Puis tu seras en enfer. Les vierges ne viendront pas à ton chevet. Tu seras bouffé par les vers. Tu seras dévoré par les flammes. Tu seras noyé dans la rivière de vin qu'on t'a promise. Tu seras torturé par les démons de ta bêtise. Tu seras cendre. Tu seras poussière. Tu seras fiente. Tu seras salive. Tu seras honte. Tu seras chien. Tu seras rien. Tu seras misère.
Karim Akouche