2025, année de liquidation des conséquences politiques de 1945
par Bernard Antoine Rouffaer
(English version below)

En 1945 deux puissances ont imposé leur hégémonie sur les ruines d'une Europe dévastée et affaiblie par la guerre : l'URSS et les USA. Depuis 1945 Moscou et Washington ont pesé d'un poids décisif sur l'avenir de ce continent, orientant ses politiques économiques, vassalisant les États de ce continent, les embrigadant au sein d'alliances militaires – Pacte de Varsovie d'un côté, OTAN de l'autre – et obtenant des avantages de toutes sortes. Cet état de fait a duré jusqu'à l'effondrement de l'URSS pour l'Est européen et a perduré jusqu'à aujourd'hui pour l'Ouest du continent. Mais l'année 2025 pourrait bien signifier la liquidation de cet état de vassalité à laquelle l'Europe est soumise.

La Russie, depuis Yvan le Terrible au 16e siècle, tend à dominer l'Est du continent par la force et la masse de ses armées. Cela s'est donc vu aussi sous Pierre 1er, Catherine la Grande, Alexandre II et Staline. Moscou, en 1945, est parvenu à assurer son autorité extrêmement loin à l'ouest, jusqu'au delà de Berlin. Mais ce grand dessein s'est définitivement effondré sous V. Poutine.
On ne domine plus, on ne menace plus, quand l'armée d'un pays aussi modeste que l'Ukraine suffit à vous priver, en trois ans de combats, des deux tiers de votre potentiel militaire terrestre. Et ce sans que cet immense sacrifice suffise à vous obtenir une victoire sur le terrain. Le complexe industriel et militaire russe en est réduit à puiser dans les vieux stocks de matériels rouillés laissés par l'URSS, exposés en plein air depuis des décennies, afin de rééquiper ses bataillons. La Russie sort de cet affrontement affaiblie militairement, économiquement et démographiquement. Ce pays, confronté désormais à la concurrence de nations en expansion, un peu partout sur le globe, apparaît comme dépassé et en perte de prestige. Les conséquences politiques et militaires des conquêtes réalisées dans l'Est par l'Armée Rouge de Staline en 1944 et 1945 sont désormais liquidées.

Et à l'Ouest ? A l'occident du continent européen c'est la puissance militaire des USA qui fut l'argument décisif pour obtenir le refoulement, puis la défaites, des forces de l'Axe. Washington régnait, depuis 1945, sur les capitales de l'Ouest européen. C'est la crainte de la puissance militaire de l'URSS, puis de celle de la Russie, qui fondait l'obéissance des nations européennes, réunies au sein de l'OTAN. Ceci et la ferme croyance que la décisive aide militaire us ne leur manquerait pas au moment d'affronter le Monstre qui veillait à l'Est.

C'est alors que le président Trump s'installa à la Maison Blanche. Et que les illusions européennes s'effondrèrent.

Le président Trump en revient aux principes de l'isolationnisme américain. Attitude qui est évidemment incompatible avec le maintien de l'influence et de la puissance perçue des USA dans le monde. Que peuvent bien penser, en Europe et en Asie, les alliés de Washington face aux hésitations et au chantage économique permanent de la Maison Blanche ? Rien de bon.
Le prestige, l'influence et le sentiment de puissance acquis par les USA sur les plages de Normandie et des Philippines, dans les collines des Ardennes et celles d'Okinawa, en 1944 et 1945, ont commencé à disparaître au moment où le monde politique de Washington, en 2024 et 2025, a hésité à fournir des armes à leurs alliés dans les difficultés, en a limité l'emploi, a conditionné lourdement son soutien militaire et politique. Là encore, comme à l'Est, un empire disparaît.

2025 liquide les conséquences de 1945. Fin d'une ère.


Bernard Antoine Rouffaer
Auteur, éditeur, cofondateur du parti politique suisse des Indépendants vaudois
16 février 2025






2025, the year of liquidation of the political consequences of 1945

by Bernard Antoine Rouffaer

In 1945, two powers imposed their hegemony on the ruins of a Europe devastated and weakened by the war: the USSR and the USA. Since 1945, Moscow and Washington have had a decisive influence on the future of this continent, directing its economic policies, vassalizing the states of this continent, enlisting them in military alliances – the Warsaw Pact on one side, NATO on the other – and obtaining advantages of all kinds. This state of affairs lasted until the collapse of the USSR for Eastern Europe and has continued to this day for the West of the continent. But the year 2025 could well mean the liquidation of this state of vassalage to which Europe is subjected.

Russia, since Ivan the Terrible in the 16th century, has tended to dominate the East of the continent by the force and mass of its armies. This was also seen under Peter I, Catherine the Great, Alexander II and Stalin. Moscow, in 1945, managed to ensure its authority extremely far to the west, beyond Berlin. But this grand design has definitively collapsed under V. Putin.
We no longer dominate, we no longer threaten, when the army of a country as modest as Ukraine is enough to deprive you, in three years of fighting, of two thirds of your land military potential. And this without this immense sacrifice being enough to obtain a victory on the ground. The Russian industrial and military complex is reduced to drawing on old stocks of rusty equipment left by the USSR, exposed in the open air for decades, in order to re-equip its battalions. Russia emerges from this confrontation weakened militarily, economically and demographically. This country, now faced with competition from expanding nations all over the globe, appears to be outdated and losing prestige. The political and military consequences of the conquests made in the East by Stalin's Red Army in 1944 and 1945 have now been liquidated.

And in the West? In the West of the European continent, it was the military power of the USA that was the decisive argument for obtaining the repulsion and then the defeat of the Axis forces. Washington had reigned over the capitals of Western Europe since 1945. It was the fear of the military power of the USSR, then of Russia, that founded the obedience of the European nations, united within NATO. This and the firm belief that decisive US military aid would not be lacking when the time came to confront the Monster that was watching over the East.

That was when President Trump moved into the White House. And European illusions collapsed.

President Trump is returning to the principles of American isolationism. An attitude that is obviously incompatible with maintaining the influence and perceived power of the USA in the world. What can Washington's allies in Europe and Asia think about the White House's hesitations and permanent economic blackmail? Nothing good.

The prestige, influence and feeling of power acquired by the USA on the beaches of Normandy and the Philippines, in the hills of the Ardennes and those of Okinawa, in 1944 and 1945, began to disappear at the time when the political world of Washington, in 2024 and 2025, hesitated to provide weapons to their allies in difficulties, limited their use, and heavily conditioned their military and political support. Here again, as in the East, an empire disappears.

2025 liquidates the consequences of 1945. End of an era.


Bernard Antoine Rouffaer
Author, publisher, cofounder of the Swiss political party Les Indépendants vaudois
16.2.2025






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